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De l'art de cuisiner de bonnes crêpes

Publié le par Messergaster

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Ce matin, en proie au stress pour 1000 raisons, j'ai pensé : "Bon, il faut tenir l'esprit occupé". J'ai ouvert mon frigo, j'avais du lait à finir : j'ai donc décidé de faire des crêpes.
Les crêpes sont quelque chose de tout simple, un dessert pauvre (un "plat" pauvre, en fait : c'est l'un des avatars du pain) qui fait toujours des heureux. Mais préparer de bonnes crêpes est loin d'être une tâche aisée :

  • Il y a déjà un premier dilemme à résoudre : parfumer la pâte ou pas ? Nature, vanille, ou fleur d'oranger ? Moi j'ai choisi de faire mes crêpes nature : comme ça, chacun les mange comme il veut. Et puis, les crêpes à la fleur d'oranger, j'aime bien, mais à petites doses.
  • Ensuite, vient le 1er passage vraiment délicat : préparer la pâte en évitant les grumeaux. Avec un tamis, ou une farine de bonne qualité, on y arrive mieux... mais moi je n'avais que de la farine 1er prix et pas de tamis. Finalement, en désespoir de cause, j'ai attrapé mon mixer à immersion grâce auquel j'ai détruit beaucoup de grumeaux brutalement. Mais, en général, j'évite d'utiliser le mixer pour travailler la pâte : ça tourne trop vite, ça fait plein de bulles (limite ça fait monter les oeufs en même temps) et ça oblige donc à attendre plus longtemps pour le repos de la pâte.
  • D'ailleurs, autre aspect peu agréable : l'attente avant de pouvoir faire cuire ses crêpes. Si vous êtes des gens impatients comme moi, ce n'est pas toujours évident. En effet, l'idée de faire des crêpes émane souvent de l'improvisation et de la faim : difficile d'attendre dans ces cas là.
  • Passons à la cuisson : 
    Là, à l'instant, je me suis prise le bord de la poêle, brûlant, en plein sur le côté de l'index gauche. Une belle cloque est déjà apparue (j'en profite pour rappeler que la cuisine est la pièce où ont lieu le plus d'accidents domestiques - cliquez ici pour plus de détails). Inévitablement la première crêpe sera ratée car il faut toujours un peu de temps avant que la surface de la poêle atteigne la juste température.
    - De même, il faut essayer de ne pas mettre trop de pâte dans la poêle afin que la crêpe soit fine : c'est une crêpe, et pas un pancake (donc vous trouverez ici la recette). Ah le pancake !  Au moins, lui, il cuit sans souci : les petites bulles indiquent quand la première face est cuite et, comme il est plus épais, on le retourne sans problèmes.
    - Car, oui, parlons-en ! Retourner une crêpe est tout un art. Les vrais pros (ma grand-mère, par exemple), les font voltiger dans l'air. Pour les moins doués, comme moi, il existe plusieurs solutions : soit on se sert d'une spatule (ce qui oblige à bien faire attention que la première face soit cuite), soit de ses propres mains (c'est la technique que j'utilise le plus : j'attrape un côté du bout des doigts et je la retourne comme ça). Mais on peut aussi poser la crêpe sur une assiette et se servir de cette assiette pour remettre le tout à cuire de l'autre côté dans la poêle.
  • N'oublions pas aussi l'épineuse question de la graisse à utiliser. Ma grand mère utilise un morceau de chiffon avec un tout petit peu d'huile pour graisser la poêle (dans le passé, elle prenait carrément du lard). Je fais de même mais avec du saupalin. D'autres mettent l'huile à oeil dans la poêle, d'autres encore jettent carrément un morceau de beurre dans la poêle : je ne suis pas fan du tout.

Enfin, bon, après les trois premières crêpes un peu incertaines, en général, on commence à prendre le coup de main. Il ne reste plus qu'à se régaler : sucre, confiture, miel, sirop d'érable, liqueur (ah les crêpes flambées !), et bien entendu nutella.

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"Am I wrong" d'Etienne de Crécy

Publié le par Messergaster

 

Je suis dans ma phase Prokofiev. Néanmoins, j'ai eu envie de me revoir ce vieux clip du début des années 2000 : un petit chef-d'oeuvre.

Déjà d'un point de vue graphique, le dessin est sympa.

Le clip nous montre différents endroits à différents moments, le tout étant réuni par la présence du patron regardant les différentes caméras depuis son poste : 
la cuisine où l'on compose les hamburgers
- l'endroit où l'on prend la viande de la vache
- la salle où mangent les clients.

La cuisine ressemble à une usine : les différents travailleurs bossent à la chaîne, tous parfaitement synchro. Si un truc coince, tout se dégrade. A remarquer aussi qu'ils ont tous la même tête : ce ne sont plus des hommes, juste des salariés sans nom et sans visage.

L'autre lieu évoqué est celui d'où l'on tire la viande des burgers : un homme hache sans pitié une vache qui n'en a pas conscience puisqu'on lui fait croire qu'elle broute de l'herbe en montagne à l'aide d'un clip qu'elle a constamment sous les yeux. L'animal mange donc pour se faire manger, selon un cycle infernal voué à se répéter sans cesse. Et puis, comme disait Marx, les patrons font en sorte de nourrir leurs travailleurs uniquement avec le stricte indispensable pour qu'ils soient en mesure de produire à nouveau le lendemain. C'est aussi le rôle des médias tout court qui est dénoncé : des tas de programmes idiots visent à nous faire oublier combien on est manipulé par la société.

Bien entendu, une fois prise conscience de l'aliénation, la vache se venge de son bourreau... qui finit dans les burgers de ses clients. Tel est pris qui croyait prendre.

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L'histoire d'Erysichthon

Publié le par Messergaster

L'histoire d'Erysichthon

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...Aujourd'hui je relisais une histoire du livre VIII des Métamorphoses d'Ovide, celle d'Erysichthon.

Tout commence le jour où  Erysichthon ordonne à ses serviteurs de couper un chêne, arbre cher à Déméter. Mais comme les Anciens pensaient que dans les arbres vivaient des nymphes, les serviteurs n'osent pas accomplir l'ordre de leur maître. Erysichthon, furieux, décide de faire cela tout seul : l'écorce commence à pâlir et à déverser un flot de sang. Un serviteur a beau tenter d'interrompre le massacre... Erysichton le tue. Une fois l'arbre à terre, la nymphe agonisante annonce un châtiment à venir de la part de Déméter : celle-ci ne laissera pas ce meurtre impuni.
En effet, la déesse de l'agriculture et de l'abondance décide d'infliger à l'assassin une faim implacable et éternelle : elle envoie donc une Oréade pour demander à la Faim d'aller visiter Erysichthon. Voici comment celle-ci est décrite dans son séjour au Caucase :

(...) elle la voit dans un séjour pierreux, qui arrachait avec ses ongles et avec ses dents quelques rares brins d'herbe. Elle avait les cheveux herissés, les yeux caves, le visage pâle, les lèvres blanchies par une bave infecte, la gorge enrouée ; à travers sa peau dure on aurait pu voir ses entrailles ; ses os décharnés perçaient sous la courbe de ses reins ; du ventre elle n'avait que la place ; sa poitrine semblait suspendue comme si elle ne tenait qu'à la claie de l'épine dorsale. La maigreur avait fait ressortir ses articulations, le tour de ses genoux était enflé et ses talons formaient au-dehors une énorme saillie.

(j'adore l'expression "du ventre elle n'avait que la place")

La Faim et Déméter ne sont pas en bons rapports, on le comprend aisément, mais la Faim  accepte tout de même d'aller châtier le coupable. C'est alors l'occasion pour un très beau passage où celle-ci va rendre visite à Erysichthon pendant que celui-ci est plongé dans le sommeil :

(...) elle entre sans tarder dans la chambre du sacrilège, qu'elle trouve plongé dans un profond sommeil (car il était nuit) et elle l'étreint dans ses deux bras ; elle se communique à lui par son haleine ; elle lui remplit de son souffle le gosier, la poitrine, la bouche et elle répand dans les veines vides du dormeur le besoin de la nourriture.

(je trouve vraiment saisissant le rapprochement entre la faim "alimentaire" et celle "sexuelle", étant donnée la description très sensuelle de la Faim embrassant Erysichthon dans le lit)

Instantanément, Erysichthon commence à rechercher déjà en rêve de quoi manger. Du coup, il se réveille en proie à une faim de loup... mais impossible de l'éteindre.

Sur le champ, il demande qu'on lui apporte ce que produisent la mer, la terre et les airs ; devant sa table chargée de mets il se plaint qu'on le fait jeûner ; au milieu des plats qu'on lui sert il en cherche encore d'autres ; ce qui pourrait suffire à des villes, à tout un peuple, ne suffit pas à un seul homme ; plus son estomac engloutit et plus augmentent ses désirs (...) il fait sans cesse le vide en lui à force de manger.

(là, le style d'Ovide mime l'abondance des mets recherchés par le personnage par le biais de différentes accumulations scandées par le point-virgule...)

A force, pour tenter de satisfaire son appétit sans fin, il commence à mettre en péril son patrimoine et il se retrouve donc contraint de vendre sa propre fille, Mnestra. Celle-ci met à profit sa faculté de se transformer en toutes sortes d'animaux - don de Poséidon -  pour ramener quelque chose à manger à  son père jour après jour.

Finalement, lorsque tous les aliments disponibles ont été consommés, Erysichthon en est réduit à se manger lui-même :

(...) Erysichthon se mit à déchirer lui-même ses propres membres à coups de dents, l'infortuné nourrit son corps en le diminuant.

Ici, manger n'est plus un acte garantissant la survie des individus, et devient au contraire un acte apportant la mort. Erysichthon détruit les mêmes organes qu'il cherche à nourrir dans une sorte de cycle vicieux où la mort devient une agréable libération.

Publié dans Lectures gourmandes

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Rapide histoire du sucre

Publié le par Messergaster

Antiquité : on utilise le miel comme édulcorant. Par exemple, il paraît que la crème caramel était déjà connue des Romains : cette crème qui, au départ, n'était pas sucrée, fut progressivement agrémentée de miel. On s'en servait aussi pour aromatiser le vin.

Moyen-Age : on croit souvent à tort qu'on a dû attendre la découverte de l'Amérique pour utiliser le sucre de canne en cuisine. En réalité, cette denrée a été ramenée très tôt en Europe par l'intermédiaire des croisés partis au Moyen-Orient. Dans la médecine hippocratique et galiénique, le sucre est considéré comme "chaud et sec", exactement comme les épices auxquelles il est assimilé (pour plus de détails à ce sujet, cliquez ici). On en met partout car on estime qu'il tempère les aliments trop "froids et humides" tels que le poisson ou les fruits. On lit dans le De honesta voluptate et valetudine de Platine (un livre qui "se vendit comme des petits pains" - c'est le cas de le dire - au XVIe siècle) :

Jamais succre ne gasta viande, ains par fade et desgoustee que soyt il la adoucit attrempe et faict bonne, saine et plaisante a menger.

C'est-à-dire : 

Le sucre ne gâta jamais aucun plat : au contraire, même si ce dernier est fade ou mauvais, il l'adoucit, le tempère, le rend bon, sain et agréable à manger.

On voit donc qu'il ne s'agit pas seulement de manger conformement à la diététique du temps, mais aussi de se faire plaisir. C'est pourquoi le XVIe est aussi l'époque où fleurissent différents traités pour apprendre à faire de la confiture (dont un de Nostradamus !). En effet, on ne saurait oublier que le sucre est aussi un excellent conservateur permettant de faire quelque chose des fruits en excès...

La découverte de l'Amérique et l'arrivée massive de sucre en Europe permet d'en faire baisser légèrement le prix, mais il faut quand même attendre longtemps avant d'avoir l'idée, par exemple, d'ajouter du sucre dans une tasse de chocolat chaud, réflexe qui s'impose au XVIIIe siècle.

Au XIXe siècle, on est obligé de développer la production de betterave pour obtenir le sucre blanc. En effet, à cause du blocus imposé par l'Angleterre à la France,  Napoléon doit trouver une solution alternative pour obtenir du sucre. Alors que certains proposent de se servir du jus de raisin pour sucrer les aliments, Benjamin Delessert parvient à produire du sucre à partir de la betterave - ce qui lui vaudra la légion d'honneur de la part de Napoléon. Le sucre blanc devient rapidement le sucre "par excellence", notamment à cause de son coût plus faible par rapport à celui de canne qu'on devait ramener de loin.

Au XXe siècle, enfin, le sucre fait partie des denrées rationalisées pendant les conflits mondiaux. Quelques décénnies plus tard, parallèlement à l'essor de la société de consommation, les discours des diététiciens commencent à diaboliser le saccharose. L'augmentation des cas d'obésité ou du diabète obligent les gouvernements à mettre en place des campagnes visant à sensibiliser la population à l'égard de l'excès de sucre à table. Les publicités avec les mannequins taille 34 ont aussi joué un rôle non négligeable dans le développement d'édulcorants alternatifs style "Canderel". Néanmoins, différentes études prouvent qu'il vaudrait mieux se méfier de ces sucres synthétiques. Autre phénomène : l'essor de tout un courant de pensée qui a banni le sucre blanc de son alimentation au profit du sucre de canne, du miel, de la mélasse ou d'autres "composés" plus bruts encore. Ils considèrent en effet que ce sucre blanc est excessivement raffiné et donc nocif pour la santé.

Pour conclure, je vous joins une photo reproduisant des petites "haches" dont on se servait pour briser le sucre du temps où cette denrée n'était pas industriellement produite en petits "cubes" aux dimensions standardisées :

(Photo prise au Zucker-Museum de Berlin : jadis ce musée se trouvait à Wedding, mais il a été récemment rattaché au Deutsche Technikmuseum (Kreuzberg).

(Photo prise au Zucker-Museum de Berlin : jadis ce musée se trouvait à Wedding, mais il a été récemment rattaché au Deutsche Technikmuseum (Kreuzberg).

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Goût, vue, odorat and all the gang

Publié le par Messergaster

Or le goût est le seul sens qui doit pour fonctionner s'accompagner des quatre autres.

Cette citation provient du livre Histoire naturelle et morale de la nourriture de Maguelonne-Toussaint Samat (Paris, Bordas, Collection Cultures, 1987, p. 398).

Goût, vue, odorat and all the gang

L'auteur explique en effet que la présentation ou la couleur des plats jouent pour beaucoup dans le jugement positif (ou négatif) que l'on portera sur un plat. Au Moyen-Age, d'ailleurs, on accordait à l'aspect "chromatique" des mets un rôle prépondérant : par exemple, on usait de force safran pour donner aux brioches une jolie couleur jaune. Je songe aussi à L'aile ou la cuisse (oui, je sais que je vous ai déjà parlé de ce film ici...) lorsque Charles Duchemin recourt au sens de la vue pour deviner le nom du vin au jeu télévisé de la fin. On mange avant tout avec les yeux... en évitant, si possible, de les avoir plus gros que le ventre.

L'odorat aussi est un sens crucial pour déguster un aliment. Je regardais l'autre jour un reportage diffusé sur la télévision italienne (le programme s'appelle Ulisse et a été diffusé le 16 avril 2011 sur la chaîne Raitre, pour ceux que ça intéresse) où on montrait des gens qui devaient reconnaître différents aliments d'abord en ayant les yeux bandés, puis en ayant aussi le nez bouché. Et bien, impossible pour eux de reconnaître le goût suave de l'ananas.

On ne saurait oublier aussi le toucher. Personnellement, j'ai réalisé assez récemment que mes aliments favoris étaient tous des aliments qu'il fallait mâcher longtemps - ce qui mobilise particulièrement le sens du toucher. Cela explique pourquoi je mange volontiers la viande (et non pas le poisson où il n'y a quasiment rien à mâcher), le chocolat (et non les bonbons car les sucer me semble dénué d'intérêt), les gâteaux à la texture moelleuse... Et puis c'est le toucher qui nous dira si un aliment est trop chaud pour être consommé.

Enfin l'ouïe et c'est peut-être le moins évident. Maguelonne-Toussaint Samat évoque des études qui montreraient une corrélation entre certaines fibres présentes dans l'oreille et le sens du goût (étant donné que si on les sectionne, on est frappé d'agueusie). Le documentaire que j'évoquais ci-dessus faisait lui allusion au "croc" caractéristique des chips sous la dent.

Manger est donc une expérience pour ainsi dire "totale" : nous voulons tous des mets appétissants, mais nous ne sommes pas tous sensibles aux mêmes choses. Ainsi, certains de nous rechercherons certaines consistances ou certains arômes en particulier, alors que d'autres seront plutôt ébahis devant les belles présentations des cuisiniers japonais ou que d'autres encore perdront patience en entendant quelqu'un assis juste à côté ronger un os.

Publié dans Lectures gourmandes

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"Mon eau minérale !"

Publié le par Messergaster

"Mon eau minérale !"

Aujourd'hui je revisionnais la célèbre scène du début de L'aile ou la cuisse de Claude Zidi où De Funès joue le rôle de la petite vieille. Par un concours de hasard merveilleux, je ne connaissais pas le synopsis quand j'ai vu ce film pour la première fois. Du coup au début, j'avais vraiment cru, comme le serveur, que le critique culinaire était le personnage bien habillé et non la dame âgée ! (surtout que je ne savais même pas quelle tête avait De Funès... voilà ce qui se passe quand on a grandi 18 ans à l'étranger) Comme quoi, le travestissement avait été efficace.

Pourtant, des indices pouvaient laisser sous-entendre que la petite vieille était le personnage principal du film... ne serait-ce que parce que c'est le premier personnage que nous voyons à l'écran. En effet, le film commence avec la "routine de vie" du personnage de Charles Duchemin, au beau milieu d'une de ses "performances".

La "petite vieille" est animée par une quête : réussir à passer sa commande... mais elle a un obstacle : l'homme que l'on prend pour Duchemin et qui capte toute l'attention du personnel du restaurant.

C'est alors l'occasion pour le metteur en scène de nous offrir une scène basée sur le comique de répétition dans un crescendo où régulièrement nous voyons la "cliente" laissée de côté alors que l'autre monsieur continue à recevoir des plats mirifiques. Excellent le contraste entre le caractère minime de la commande de De Funès (une simple eau minérale) et ses inutiles tentatives pour l'obtenir. De l'autre côté, nous rions de voir l'autre client se régaler sans rien comprendre.

Le scénariste ne fait que reprendre les ficelles du quiproquo traditionnel. Mais c'est surtout le mythe de Tantale qui est convoqué : on fait miroiter devant le personnage mille délices auxquelles il ne peut avoir accès. C'est l'exact contraire de la scène avec le gérant italien qui arrivera une bonne heure plus tard : cette fois-ci, on obligera Charles Duchemin à manger tout ce qu'il a sous les yeux, quoique ces aliments aient un goût ignoble.

Ceci est une scène d'exposition : elle permet aussi de présenter d'emblée le personnage. En moins de dix minutes, nous avons compris que Duchemin est quelqu'un de malin et de joueur (cf. le travestissement). Les minutes qui suivent, après la scène dans le restaurant, complètent le portrait en nous montrant qu'il a un emploi du temps très chargé (ce qui montre combien est grand son succès) et qui a peur du dentiste (ce qui lui donne une faille et une faiblesse qui le rend plus attachant... qui de nous n'appréhende pas d'aller faire soigner ses dents ?)

Remarquons aussi comment on passe de la présentation de Charles Duchemin à celle de son fils : le lien se fait autour de la nourriture. En effet, les oeufs constituent le point de rencontre entre la profession du père (la gastronomie) et celle du fils (le cirque). Le spectateur peut donc déjà pressentir que, malgré les distances que prend le fils à l'égard du père,  une continuité sera garantie entre les deux personnages.

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Les charmes d'un "déjeuner sur l'herbe"...

Publié le par Messergaster

Hier je suis allée avec des amis dans un parc pour faire un pique-nique. Curieuse, je viens de rechercher l'étymologie du terme. A ce qu'il semble, "pique" renvoie au verbe "piquer" au sens de "prendre" et "nique" signifie "objet de faible valeur". Pourtant, les mets qui peuvent être apportés par les différents convives peuvent être aussi très élaborés : cakes salés, gâteaux, petits-feuilletés...

Ok, ce n'était pas notre cas. On avait une cargaison de bières, des rillettes, de la baguette et quelques beignets au chocolat : on comptait sur les autres participants pour ramener autre chose. Ceux-ci ont gentiment fourni des chips au paprika, une salade déjà prête, du fromage en tranches : bon, à nouveau, nous sommes loin du petit repas préparé avec passion et patience le matin même (j'aurais, moi, cuisiné quelque chose si on m'avait prévenu plus tôt et non pas 1h avant...).

J'avais eu la bonne idée de fourrer un couteau dans le sac pour les rillettes... mais je ne me suis rendue compte qu'en arrivant au métro qu'on avait oublié le décapsuleur. Ceci est un classique de tous les pique-niques. J'ai hésité à revenir à la maison pour le prendre. Mais je me suis rappelée que, grâce à mon père, je sais ouvrir une bouteille de bière avec une simple fourchette. Mais malheureusement, les autres personnes présentes n'avaient pas amené de couverts... Mais tout est bien qui finit bien : j'ai emprunté le briquet d'une amie et j'ai décapsulé d'abord une bière, puis une deuxième, puis une troisième. J'étais fière de moi ! Sans compter que, sur tous les hommes présents, la seule qui a réussi à ouvrir ces bouteilles, c'était moi ! Ah, où sont passé les hommes d'antan !

Après, dans un pique-nique, il y a toujours ceux qui veulent faire 1000 activités (vélo, badminton, ballade) et ceux qui s'étendent sur le gazon en mode larve. Cette fois-ci, j'ai fait partie de la 2e catégorie... et je me suis même endormie ! (alors que j'avais quand même porté Les Etats et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac avec moi pour lire...).

Après avoir réémergé, je me suis mise à observer les gosses qui jouaient : plusieurs, utilisaient leurs pistolets à eau pour se poursuivre... ah je me souviens quand je jouais moi aussi avec l'eau en été !

Heureusement, hier il ne faisait pas trop chaud : je n'ai donc pas eu droit à l'immanquable coup de soleil.

Théoriquement, le pique-nique est censé rapprocher l'homme de la nature et c'est d'ailleurs pour cela qu'il aurait été aussi populaire aux XVIIIe et XIXe siècles. Je trouve cette sensation difficile à atteindre dans les parcs urbains, mais je reconnais que les pique-niques en forêt ou en montagne  peuvent constituer une belle expérience. Une fois, je mangeais du camembert sur un rocher dans les montagnes vosgiennes et j'ai pu voir un chamois quelques mètres plus bas ! Certes, le vent qui fait tout voler ou les insectes qui voltigent au-dessus des aliments sont un peu fastidieux, mais cet aspect "communion avec la nature" reste effectivement charmant.

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Un jour, je rêve de pouvoir faire un pique-nique en mettant mes victuailles dans un gros panier d'osier, comme dans les films. Dans Les Sims aussi les personnages sortaient les aliments de leur panier pour faire leur pique-nique...

Une belle scène de pique-nique en littérature ? Le chapitre intitulé "Le bastion Saint-Gervais" dans Les 3 mousquettaires d'Alexandre Dumas. Bon, il ne s'agit pas uniquement d'un déjeuner, puisque les personnages utilisent justement cette excuse pour discuter un plan d'attaque et pour se battre ensuite. Néanmoins le décalage entre le motif invoqué (la bonne chère) et l'activité effective (la guerre) est assez intéressant :

Le déjeuner de ces Messieurs est prêt, dit l'hôte.
-Eh bien ! Apportez-le.", dit Athos.
L'hôte obéit. Athos appela Grimaud, lui montra le grand panier qui gisait dans un coin et fit le geste d'envelopper dans les serviettes les viandes apportées.
Grimaud comprit à l'instant même qu'il s'agisssait d'uin dîner sur l'herbe, prit le panier, empaqueta les viandes, y joignit les bouteilles et pris le panier à son bras.

Alexandre Dumas, Les trois mousquettaires, "Le bastion Saint-Gervais"

Les quatre personnages viennent de faire un pari avec des gens à l'auberge du Parpaillot : ils devront rester au bastion pour un laps de temps déterminé sans céder à la peur en voyant l'ennemi qui les attaque...

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Les différents avatars du petit déjeuner

Publié le par Messergaster

Le petit déjeuner n'a pas toujours été le même au cours de l'histoire.

Les différents avatars du petit déjeuner

Chez les Grecs, par exemple, il s'agissait de pain trempé dans du vin. Au lieu du café que nous buvons de nos jours pour nous donner un petit "coup de fouet", on se tournait vers la liqueur de Dionysos. Important : ce pain n'était pas trempé dans du vin coupé (les Grecs avaient l'habitude de diluer leur vin avec de l'eau, du miel ou des épices pour toutes les autres occasions...) mais dans du vin pur. D'ailleurs le verbe "acratidzomai" signifie à la fois boire du vin pur et prendre son petit-déjeuner.

Progressivement, avec la découverte de l'Amérique, on a commencé à boire plutôt du café ou du chocolat, surtout au XVIIIe siècle où commence une véritable manie pour ces boissons (effet, on venait de comprendre qu'en rajoutant du sucre, c'était meilleur). On en trouve une illustration, par exemple, dans Il giorno (Le jour) du poète italien Giuseppe Parini. Il s'agit d'un poème menant une satire de la noblesse italienne à la fin du XVIIIe siècle et nous pouvons lire quelques vers où un serviteur propose au "giovin signore", ("le jeune seigneur") du café ou du thé pour son petit déjeuner : 

Ma già il ben pettinato entrar di novo
tuo damigello i’ veggo; egli a te chiede
quale oggi più de le bevande usate
sorbir ti piaccia in preziosa tazza:
indiche merci son tazze e bevande;
scegli qual più desii. S’oggi ti giova
porger dolci allo stomaco fomenti,
sì che con legge il natural calore
v’arda temprato, e al digerir ti vaglia,
scegli ’l brun cioccolatte, onde tributo
ti dà il guatimalese e il caribbèo
c’ha di barbare penne avvolto il crine:
ma se nojosa ipocondrìa t’opprime,
o troppo intorno a le vezzose membra
adipe cresce, de’ tuoi labbri onora
la nettarea bevanda ove abbronzato
fuma, ed arde il legume a te d’Aleppo
giunto, e da Moca che di mille navi
popolata mai sempre insuperbisce.

Certo fu d’uopo, che dal prisco seggio
uscisse un regno, e con ardite vele
fra straniere procelle e novi mostri
e teme e rischi ed inumane fami
superasse i confin, per lunga etade
inviolati ancora: e ben fu dritto
se Cortes, e Pizzarro umano sangue
non istimâr quel ch’oltre l’Oceàno
scorrea le umane membra, onde tonando
e fulminando, alfin spietatamente
balzaron giù da’ loro aviti troni
re messicani e generosi Incassi,
poiché nuove così venner delizie,
o gemma degli eroi, al tuo palato.

Giuseppe Parini, Il giorno, "Il mattino", vv. 92 - 124.

Ce qui, traduit en français, donne à peu près :

Mais déjà je vois entrer ton serviteur bien coiffé. Celui-ci te demande laquelle des boissons que tu as l'habitude de prendre tu préfères boire aujourd'hui dans une précieuse tasse : les tasses et les boissons sont des marchandises provenant des Indes, choisis celle qui t'agréé le plus. Si aujourd'hui tu estimes qu'il serait souhaitable de procurer à ton estomac et à ses brûlures de la douceur pour qu'elle tempère la chaleur naturelle et pour qu'elle favorise la digestion, choisis le noir chocolat qui provient du tribut que te donnent l'habitant du Guatemala et de l'habitant des Caraïbes aux cheveux ceints de plumes barbares : mais si une fâcheuse hypocondrie t'accable, ou si trop de graisse se développe autour de tes membres gracieux, honore de tes lèvres le nectar où bronze et fume la graine arrivée jusqu'à toi d'Alep et de Moka, ville qui tire sa fierté des mille navires dont elle est peuplée.

Assurément, il fallait qu'à partir de ce vieux siège sorte un règne et qu'il dépasse les frontières qui n'avaient jamais été violées auparavant avec des voiles hardies en s'exposant aux tempêtes et à de nouveaux prodiges et à de nombreux dangers, risques et faims inhumaines ; et il fut tout à fait légitime que Cortès et Pizzarro n'accordent aucune estime au sang humain qui coulait de l'autre côté de l'Océan dans des membres humains, et qu'ainsi, en tonnant et en lançant des éclairs, on fasse enfin descendre sans pitié les rois mexicains et incas de leur trône, puisque c'est ainsi qu'arrivèrent ces délices jusqu'à ton palais, ô toi fleuron de tous les héros.

Comme on peut voir, le poète utilise l'arme de l'ironie pour condamner tous les massacres qui ont été effectués pour ramener ces denrées de luxe en Europe.
Soulignons, aussi, qu'au XVIIIe on boit aussi très volontiers du thé, provenant cette fois d'Asie.

De nos jours, le petit déjeuner se compose soit de tartines soit de céréales agrémentées de lait ou de yaourt. Les "corn flakes" sont une invention récente : ils auraient été inventées à la fin du XIXe siècle par des gens de l'Eglise adventiste. Ils deviennent populaires en Europe au cours de la deuxième moitié du XXe siècle lors du débarquement des Américains. Plus largement, le développement de la socitété de consommation a joué un rôle non négligeable aussi. Ils se déclinent à présent en corn flakes classiques, en céréales chocolatées ou encore en céréales dites "light". Néanmoins, ces versions light restent bourrées de sucres : jettez un coup d'oeil à l'emballage si vous ne me croyez pas.

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Osez mettre main à la pâte !

Publié le par Messergaster

Pourquoi faire sa pâte à tarte soi-même ? Voici 7 excellents motifs :

Osez mettre main à la pâte !

- Le prix : acheter un peu de beurre, un oeuf, du sucre et de la farine vous reviendra moins cher qu'acheter la pâte toute faite.

- La qualité : quitte à acheter de la pâte industrielle, évitez alors les marques 1er prix qui remplissent leur pâte sablée ou leur pâtes brisées de graisse de palme. Mieux encore : en préparant votre pâte vous même, vous saurez ce que vous mettez dedans et vous pourrez donc choisir les ingrédients de la meilleure qualité.

- La créativité : quand on prépare une pâte sablée, on peut la parfumer avec toutes sortes de parfums : vanille, cannelle, amande, eau de rose, fleur d'oranger... Et pendant quelques heures, vos mains sentiront tellement bon ! J'en connais même qui rajoutent des corn flakes pilés en vue d'obtenir quelque chose plus de croustillant.

- Le temps : ok, la pâte industrielle se déplie en un instant, toute prête à l'emploi. Toutefois malaxer les ingrédients d'une pâte sablée, par exemple, prend moins de dix minutes (bien entendu, vous aurez quand même eu le réflexe de sortir votre beurre une heure avant pour qu'il soit en pommade).

- Le pouvoir destressant et le retour vers l'enfance : avouons-le : combien de fois avons-nous regardé d'un petit air nostalgique  des enfants jouant avec leur pâte à modeler fluo ? Qui de nous ne rêve de façonner une matière maléable comme lorsqu'il était jeune ? De plus, cela constitue un excellent anti-stress...

- L'épaisseur : s'il y a une chose que je déteste des pâtes industrielles c'est leur caractère trop fin. La pâte à tarte n'est pas qu'un simple support pour les fruits : c'est un biscuit qu'on se doit de déguster aussi !

- L'ego : ah la satisfaction de préparer une tarte et d'entendre les commensaux vous complimenter pour votre pâte ! Vous n'avez pas cédé à la facilité, votre création a été appréciée, vos invités se régalent : une belle satisfation personnelle.

Un bémol, toutefois, dans cette apologie de la pâte faite maison : le cas de la pâte feuilletée. Soyons sincères, cette fois-ci, pour la préparer chez soi, il faut s'armer de patience puisqu'il faut plier, attendre, replier, et re-attendre... De plus, l'idéal serait d'avoir un plan de marbre chez soi, chose qui n'est pas donnée à tout le monde (heureusement que depuis le XXe siècle, la généralisation du frigo a résolu ce problème). Toute la préparation qu'il y a derrière me dissuade donc de confectionner mes croissants maison : il est plus simple d'aller à la boulangerie d'en face. Toutefois, depuis que je me suis lancée dans la pâte feuilletée, [cliquez ici pour voir] je me suis rendue compte que, quoiqu'elle soit longue et délicate à faire, on peut préparer cette base chez soi aussi : une saveur incomparable, une fierté profonde et la satisfaction de se dire que l'on a fait un autre pas vers l'émancipation à l'égard des multi-nationales. Et si on n'a pas le temps de la confectionner chez soi, on peut toujours la commander chez le boulanger : sans doute plus chère que celle des grandes surfaces... mais ô combien plus moelleuse et parfumée ! 

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Chacun son étagère dans le frigo

Publié le par Messergaster

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...Moment autobiographique : je viens de visiter mon 15e appartement. En effet, je recherche activement une colocation pour l'année prochaine... Hélas, la tâche est plus ardue que je ne le croyais : soit on ne veut pas de moi, soit c'est moi qui trouve quelque chose à redire. Voilà ce qu'il arrive quand on est quelqu'un de difficile. Néanmoins, je commence à mettre la barre un peu plus bas à présent, notamment pour ce qui concerne le rapport à la bouffe. Si vous vivez en colocation, vous savez qu'il existe deux écoles de pensée à ce sujet :

  • ceux qui attribuent à chacun une étagère dans le frigo : chacun fait ses courses pour soi (avec des variantes : la plupart mettent en commun pâtes, beurre, huile, café... d'autres séparent même ces denrées de base, notamment quand les différents colocataires n'ont pas les mêmes revenus)
  • ceux qui font leurs courses tous ensemble chaque semaine en s'armant de gros sacs (là aussi, des divergences : je suis tombée sur des filles qui, tout en mettant en commun, comptaient combien de repas un des habitants consommait sur place, combien d'oeufs il mangeait, combien de lait il buvait etc etc... Puis, à la fin du mois, elles faisaient leurs comptes pour rembouser les personnes qui avaient mangé rarement à l'appart : j'ai trouvé tout cela hallucinant !)

Cela fait des années que je vis dans des appartements en colocation. Cela signifie que J'ai expérimenté les deux systèmes - mais je penche nettement pour le premier. Quand on faisait nos courses ensemble, cela a duré 6 mois, on mangeait toujours la même chose : escalope de dinde et riz, pâtes carbonara, poisson pané... et hop, ça recommençait. Je n'en pouvais plus. Quand on partage les aliments et qu'on mange ensemble le soir, ça pose mille problèmes car déjà il faut attendre que tous aient faim pour manger, et qu'ensuite il faut essayer de préparer des plats qui plaisent à tout le monde - ce qui fait sombrer toute la communauté dans la monotonie. Le jour où on a abandonné ce système et qu'on a décidé qu'il valait mieux faire chacun pour soi, ça a été beaucoup mieux. Déjà je pouvais manger à l'heure que je voulais (c'est-à-dire tôt) et surtout je pouvais enfin me préparer ce que je souhaitais ! Après une dure journée passée à étudier, rentrer chez soi et faire preuve de créativité derrière les fourneaux, c'est vraiment défoulant. En plus, il s'agit d'un système qui donne des idées aux autres : l'autre jour, une de mes colocs se préparait un tajine et ça m'a incitée à faire pareil quelques jours après.

Après, cela n'empêche pas de manger tous en même temps et de papoter. Et de même, si quelqu'un a terminé ses oeufs, dans n'importe quelle coloc' où règne l'harmonie on lui en donnera!

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(Le frigo de la coloc' où vit le personnage principal du film L'auberge Espagnole de Cédric Klapish)

La coloc' c'est vraiment délicat niveau alimentation. Moi, par exemple, j'adore le camembert, ce qui signifie que j'inflige aux adorables personnes qui vivent avec moi des odeurs "caractéristiques" dans le frigo. Mais la colocation c'est aussi une expérience sociologique qui permet d'apprendre beaucoup. J'ai ainsi découvert que la plupart des étudiants mangeaient du pain de mie car ils avaient la flemme d'aller acheter tous les jours leur baguette chez le boulanger. Question horaires aussi, ça fluctue pas mal entre ceux qui mangent très tôt et à des heures très précises comme moi et ceux qui peuvent mettre à cuire du riz à 3h du matin. Il y a aussi ceux qui ne peuvent prendre leur petit déj' sans la radio.

Bref, tout cela pour dire que j'admire les colocs' où ils réussissent à se la jouer un peu "petite famille" en se retrouvant tous ensemble autour d'un bon petit plat le soir. Moi, je n'y arrive pas. Manger est aussi un acte de liberté puisqu'il implique la notion de choix : je me distingue de tel individu aussi par ce que je mets dans mon assiette. J'aprécie donc moyennement que la "communauté" m'impose le menu du jour...

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Lait traditionnel vs lait végétal

Publié le par Messergaster

Il y a un mois, je flânais dans un magasin bio et je me suis mise à feuilleter les bouquins proposés. Je suis tombée sur l'un de ces traités menant toute une croisade contre le lait de vache. Bon, je n'ai pas les compétences pour affirmer si le lait de vache est bon ou s'il est nocif, mais tout cela m'agace profondément. Une précision avant tout : je suis intimement convaincue, moi aussi, qu'il y ait une part de "lobby laitier" derrière les publicités ministérielles nous invitant à consommer 3 produits laitiers par jour : tout le monde sait très bien que l'Union Européenne a besoin d'écouler ses stocks, et cela passe aussi par ce genre de campagnes. Sur ce point je rejoins tout à fait ceux qui considèrent que l'on devrait boire ou manger moins de produits contenant du lait de vache. Mais de là à dire que c'est mauvais pour la santé, je trouve que c'est un peu excessif : nos aïeux ont vécu des années en buvant de ce lait... je pense donc qu'on peut tranquillement se permettre de boire une tasse de lait de vache si l'envie nous prend.

Après, comme dans toute chose, modération. Sans doute que boire un gros bol de lait chocolaté, manger deux yaourts, dévorer une moitié de camembert - le tout dans un même repas - peut causer des problèmes à l'organisme.

Voici ma tasse remplie de lait frais (de vache).

Voici ma tasse remplie de lait frais (de vache).

Ce qui m'énerve quand on nous incite à consommer moins de lait de vache, c'est qu'au lieu de promouvoir alors d'autres types de lait comme le lait de chèvre, on nous exhorte à boire du "lait végétal". Certes, le lait de vache est prévu pour un veau, celui de chèvre pour un chevreau et non pas pour l'homme... mais je ne suis pas sûre que ces "laits végétaux" soient la réponse à tous nos problèmes diététiques. Déjà le nom est trompeur : il ne s'agit pas à proprement parler de "lait", mais souvent de composés végétaux qu'on a fait macérer dans l'eau, qu'on a filtré ensuite et auxquels on ajoute (parfois, ce n'est pas systématique non plus) des "huiles végétales" (ce terme vague n'est jamais un bon signe sur une étiquette..). Ensuite, soyons francs: ce n'est pas toujours agréable au goût, juste de l'eau blanche. Ajoutons que l'argument "le lait végétal contient moins de choléstérol" est de très mauvaise foi : la quantité de choléstérol présente dans un bol de lait est modique, on en trouve bien plus dans la tranche de viande que l'on mangera à midi quelques heures plus tard. Enfin, et voici ce qui m'agace le plus, le prix. Pourquoi ne pas changer mon alimentation ? Pourquoi pas me mettre aux boissons végétales ? La réponse, c'est : car ceci n'est pas à la portée du porte-feuille de tout le monde.

Une de mes amies vient de se converti au lait de soja. Curieuse de savoir quel goût ça pouvait bien avoir, je voulais en acheter un brick. Deux euros le brick ? Hors de question ! Je regarde les autres laits : amande, avoine, noisette, riz... le moins cher devait coûter 1€70. Je trouve cela assez scandaleux : on le sait, le bio est plus cher mais il est devenu beaucoup plus abordable ces dernières années. J'ai donc boycotté la boutique bio et je suis allée acheter un brick de lait de soja bio chez Leader Price pour un peu plus d'1€ (ce qui restait raisonnable, étant donné que le lait frais demi-écrémé tourne autour de 1€10- 1€20).

En fait, je suis profondément persuadée qu'au lieu de pointer du doigt le lait de vache en général, on devrait plutôt faire des études sur le lait dit "à longue conservation". Une invention géniale : je suis la première à en acheter régulièrement. Toutefois, récemment, j'ai commencé à revenir au lait frais. Finalement le lait uht est bouilli à très haute température pour être stérilisé, ce qui, inévitablement, entraîne une perte d'éléments nutritifs. Je me demande si ce ne serait pas plutôt cela qui favoriserait, par exemple, l'ostéoporose chez les femmes. C'est connu : les aliments trop raffinés ne sont jamais ce qu'il y a de meilleur pour la santé (je songe aux pâtes et aux pains "blancs" qui se digèrent moins bien que ceux complets, par exemple...). A nouveau, n'ayant pas les compétences pour, je ne vais pas m'avancer plus que ça. Il s'agit juste d'une hypothèse, je n'affirme rien du tout. Il reste toutefois que je ne comprends pas pourquoi le lait frais coûte plus cher que le lait uht. Pourtant, il subit moins de traitements, il devrait donc être à meilleur marché, non ? Je suppose que ça doit être car on en vend moins : la demande étant plus haute pour le lait uht, cela fait baisser son prix...

Pour revenir sur le lait végétal, je racontais donc à mon amie qui boit désormais du lait de soja que je trouvais cela très cher. Elle m'a répondu: "Oui, mais comme c'est pas bon, t'en bois moins !".

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Ces films qui nous font saliver...

Publié le par Messergaster

L'autre jour, j'étais en bibliothèque pour rechercher un livre d'écriture créative. Malheureusement, le livre que je recherchais étais déjà réservé, mais j'ai déniché ce petit bouquin intéressant et qui mérite d'être feuilleté :

Le plaisir gastronomique au cinéma de Vincent Chenille (2004, Jean-Paul Rocher éditeur):

Ces films qui nous font saliver...

L'auteur part d'un constat simple : il y a foison de films parlant de "bouffe". On peut citer L'aile ou la cuisse de Zidi ou Le chocolat de Hallstrom ou encore Ratatouille des studios Pixar (réalisé par Brad Bird). Mais ça ne s'arrête pas là. Pourquoi ne pas citer aussi la potion magique qu'avale Obélix, par exemple?

Vincent Chenille nous propose donc un petit tour gastronomique à travers différentes pellicules de cinéma en tentant de déceler constantes et divergences dans le traitement de la nourriture.

Il étudie d'abord les personnages qui mangent et ceux qui préparent : à côté du fin gastronome, on trouve des cuisiniers qui nous font entrer derrière "les coulisses" du restaurant, par exemple. Mais le problème c'est qu'il s'agit là de spécialistes et que donc le spectateur, profane, peut se sentir gêné par la distance qui existe entre des professionistes culinaires et lui-même. D'où l'importance de ces figures de médiateurs grâce auxquels il peut se reconnaître et entrer en empathie : on trouvera donc souvent un personnage de néophyte découvrant les secrets de la gastronomie en même temps que le spectateur. Cela se vérifie notamment lors du choix du menu : le choix du personnage doit refléter celui que ferait le spectateur.

Chenille analyse aussi toute la dimension visuelle liée à la nourriture. Il insiste par exemple sur toutes les scènes exploitant l'opposition entre montré et caché. Il évoque par exemple les couvercles utilisés pour garder les plats au chaud ou les papiers recouvrant les chocolats. Comme dans toute entreprise de séduction, le but est de cacher pour mieux montrer et attiser l'appétit. On le sait, la nourriture renvoie souvent au domaine de la tentation, de l'interdit et du désir.

Les films adorent aussi filmer les mains des cuisiniers : leur agilité, leur légéreté, leur rapidité sont tout simplement fascinantes. Tel un prestidigitateur, le chef laisse le spectateur ébahi. Je ne sais plus si c'est à ce film-ci que Chenille fait référence, mais je me faisais justement la réflexion récemment en revisionnant L'aile ou la cuisse, lorsque De Funès va dans le restaurant japonais au début du film : les mains du cuisinier coupent, hachent et assaisonnent avec une adresse vraiment admirable.

Bref, je vous renvoie à la lecture du livre dont je donne ici juste quelques éléments. Il se lit très bien et si vous rêvez, commme moi, de devenir écrivain un jour, vous y apprendrez quelques petits trucs intéressants.

Publié dans Lectures gourmandes

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Le "tiramisu", un gâteau aphrodisiaque ?

Publié le par Messergaster

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Etant donné mes origines italiennes, il faut absolument que j'écrive quelques lignes sur le tiramisu. Différentes légendes sont invoquées pour expliquer son invention:

  • Une des versions situe sa création au XVIIe siècle. On aurait confectionné ce dessert un jour que Côme de Médicis, le grand-duc de Toscane, un homme particulièrement gourmand, se rendait à Sienne. Cette version a le mérite de donner une explication au nom "tiramisu" qui signifie littéralement "tire-moi vers le haut" ou "remonte-moi". J'ai longtemps cru (vive l'innocence) qu'il fallait prendre cela comme une expression figée, puisqu'en italien, "tirami su" peut signifier "remonte-moi le moral". Cela me semblait tout à fait logique :  comment ne pas oublier ses soucis en dégustant ce gâteau délicieux ? Mais en fait j'étais bien naïve : il fallait prendre l'expression au sens propre. En effet, les nobles italiens avaient commencé à attribuer à ce dessert des vertus aphrodisiaques : c'est pourquoi ce qu'on avait initalement appelé "la soupe du duc" devint le "tiramisu".
  • Une autre version considère que le tiramisu n'aurait pas été crée à Sienne mais à Trévise, notamment par un pâtissier du restaurant El Toulà. Détail important : le restaurant en question était situé près d'une maison close. A nouveau, les clients prêtaient à ce dessert des vertus aphrodisiaques.
  • Une version plus soft renvoie aux temps de l'unité italienne. Cette fois-ci il faut comprendre le nom "tiramisu" comme la petite fille innocente que j'étais. En effet, un pâtissier turinois l'aurait préparé pour "remonter le moral" du comte de Cavour, particulièrement éprouvé après toutes les actions menées pour unifier l'Italie.

Après cet article, je pourrais, certes, poster ma recette personnelle. Mais j'avoue que mon tiramisu est quelque chose d'assez mythique (les gens qui me connaissent savent ce que je veux dire) et je ne donne qu'aux intimes ma recette... Sachez juste que pour la recette dite "classique" de ce dessert, il ne faut pas de liqueur, quoiqu'en disent vos livres de recettes (que ce soit du marsala, du rhum ou tout ce qu'on veut, ils n'ont rien à faire ici). La recette de base ne comprend pas d'alcool, uniquement du café. Je pense que les gens doivent confondre tiramisu et zabaione (le "sabayon")... mais les deux sont bien deux entremets différents !

Après, nous sommes d'accord, les variantes sont infinies: libre à chacun de modifier à sa guise ce dessert. Les tiramisus aux fruits rouges, notamment, sont devenus très à la mode.

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Autour du fromage blanc...

Publié le par Messergaster

J'ai vécu 18 ans de ma vie sans pouvoir manger cet aliment merveilleux qu'est le fromage blanc. En effet, j'ai passé toute mon enfance en Italie et, là-bas, les petits suisses nature, la faisselle ou le fromage blanc ne sont pas commercialisés ! (je me rabattais donc sur le yaourt grec, délicieux lui aussi). Je me rappelle encore des rares fois où j'allais en France et de comment je m'empiffrais de fromage blanc à ce moment-là...

A présent qu'en France j'y vis, je peux finalement manger mon fromage blanc quand je veux. D'ailleurs, autant j'adore le fromage blanc autant je n'aime pas la faisselle. En effet, si j'aime à ce point ce laitage, ce n'est pas uniquement pour son goût délicat mais aussi pour sa texture onctueuse - or les espèces de grumeaux de la faisselle me gâchent ce plaisir.
J'ai découvert une chose, récemment, au sujet des différents pourcentages de matière grasse. J'ai toujours cru que le fromage blanc 0% était encore une invention des multi-nationales destinés aux anorexiques et aux obsédés du régime. Quelle ne fut ma surprise en découvrant qu'en réalité la version 0% est la plus "authentique", puisque pour obtenir les versions à 20 ou à 40% on rajoute de la crème !

(Je reconnais que le "blanc sur blanc" n'a pas été un super choix pour mettre en valeur cette photo...)

(Je reconnais que le "blanc sur blanc" n'a pas été un super choix pour mettre en valeur cette photo...)

Le fromage blanc brille par sa versatilité :

  • Une fin en soi : on peut déguster un bol de fromage blanc tel quel,  avec éventuellement un peu de miel et quelques noix. Les plus gourmands, eux, le garnissent avec une ou deux cuillérées de cassonade et avec des fraises. Ainsi, le jour où j'ai goûté ce dessert, j'ai arrêté d'acheter les bombes de chantilly : l'onctuosité du fromage blanc sublime bien mieux les fruits que la crème fouettée, cette dernière étant trop légère et remplie d'air à mon goût (bien entendu, je ne parle pas de la chantilly maison mais de celle du commerce). Certains mangent leur fromage blanc avec de la confiture (mais bon je ne suis pas très fan), certains s'en servent pour les céréales du matin... Bref un aliment relativement léger, très savoureux, qui peut aider à clôre un repas en beauté.
  • Un moyen en vertu d'une autre fin : j'ai lu récemment que quelqu'un suggérait d'utiliser le fromage blanc (ou le yaourt) pour fixer la chapelure sur les viandes panées à la place de l'oeuf. Je n'ai pas encore essayé, mais je ne vois pas pourquoi ça ne devrait pas marcher. J'en connais aussi qui remplacent toujours une partie du beurre indiqué dans les recettes de gâteaux par du fromage blanc. 
  • Le gâteau ou la tarte au fromage blanc : cela mérite bien un point à part. Les six premiers mois de l'année 2011 auront été pour moi "les mois du gâteau au fromage blanc". Entre le gâteau et la tarte je dois dire que je préfère le gâteau, et ce pour deux raisons. D'une part la version "gâteau" est plus light étant donné l'absence de pâte sablée et d'autre part j'ai râté ma tarte au fromage blanc, le jour où j'ai voulu reproduire celle que j'avais mangée en Lorraine chez les parents d'une amie. Je raffole de cette tarte et je rêvais de pouvoir la répliquer chez moi.. mais le jour où j'ai voulu m'y mettre, la garniture n'a jamais voulu cuire. Encore à présent je ne comprends pas ce qui a posé problème. Pourtant j'avais suivi la recette à la lettre et j'avais même THE ingrédient secret, c'est-à-dire la poudre pudding du Docteur Oetker... Mystère. Du coup, je continue à faire mes simples "gâteaux" au fromage blanc, avec un peu de jus de citron pour lui donner le petit goût acide auquel je ne sais résister. (vous trouverez la recette en question ici). 

Publié dans Focus alimentaires

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L'imaginaire des petit pois...

Publié le par OverBlog

C'est facile, d'écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s'ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l'ongle de l'index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d'un seul doigt. La dernière est si minuscule. Parfois, on a envie de la croquer. Ce n'est pas bon, un peu amer, mais frais comme la cuisine de onze heures, cuisine de l'eau froide, des légumes épluchés - tous près, contre l'évier, quelques carottes nues brillent sur un torchon, finissent de sécher.

(Philippe Delerm, La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules).

Je repensais à ce bouquin ce matin en train d'écosser mes petits pois. Ce n'est pas un chef d'oeuvre de la littérature, mais une agréable lecture qui, à petites doses, réussit à nous faire sourire à quelques reprises (excellent le moment où l'auteur décrit combien il est difficile de lire sur la plage).

En fait, je viens de me rendre compte en postant ces quelques lignes qui apparaissent en 4e de couverture que la description de l'acte d'écosser est très érotisée.. Des termes comme "fente", la description des doigts, la "mouillure", l'adjectif "nues" (et j'en passe car sinon on va me prendre pour une obsédée !) n'ont certainement pas été choisis au hasard par Philippe Delerm.

Si on fait attention, cette description érotique s'appliquerait plutôt à une femme. C'est assez amusant, puisque la forme des petits pois en gousse évoque plutôt le sexe masculin - comme le prouve un certain emploi du terme "pisello" en italien dans le style familier. La première fois que vous raconterez l'histoire de "La princesse sur le petit pois" d'Andersen à un enfant italien, d'ailleurs, soyez certains qu'il éclatera de rire. Je pense donc que le floklore populaire devait avoir remarqué aussi cette ressemblance : c'est connu, les contes de fée pullulent de références au domaine sexuel...

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NB : Philippe Delerm décrit souvent des situations quotidiennes (comme les repas en famille) dans ses livres... voilà pourquoi j'ai dédié un autre article à cet auteur ici.

Publié dans Lectures gourmandes

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