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16 articles avec lectures gourmandes

Une scène de repas chez Bukowski

Publié le par Messergaster

L’autre jour, je lisais le livre Ham on Rye de Bukowski (Souvenirs d'un pas grand-chose, dans la traduction française).
Verdict : ce n’est pas mon livre préféré de cet auteur…  mais il y a de bons moments et cette oeuvre permet de mieux comprendre la jeunesse de Bukowski/Chinaski.
Au chapitre 9, on trouve un moment dédié à la bouffe que j’aimerais partager avec vous. La traduction est de moi.. soyez indulgents.

Charles Bukowski.

Charles Bukowski.

Contexte : le personnage principal (qui est encore un gamin) vient de se faire battre par son père au chapitre 8. Au chapitre suivant, on le voit sortir de sa chambre pour se mettre à table et dîner.

Mon père parlait de son travail, comme toujours :
- J’ai dit à Sullivan de réduire la distribution à deux personnes et de se relayer pour laisser un homme à la maison. Personne ne se donne vraiment à fond au travail…
- Ils devraient t’écouter, chéri, dit ma mère.
- Excusez-moi, dis-je, s’il vous plaît, excusez-moi, mais je n’arrive pas à manger…
- TU MANGERAS, tu vas voir ! dit mon père. Ce plat, c’est ta mère qui l’a cuisiné !
- Oui, dit ma mère. Carottes, petit-pois et roastbeef.
- Et purée de pommes de terre avec de la sauce, dit mon père.
- Je n’ai pas faim.
- Tu mangeras toutes les cacarotes et les pipi-pois que tu as dans l’assiette ! dit mon père.
Il essayait de faire de l’humour. C’était une de ses blagues préférées.
- Chéri !, dit ma mère d'un ton mi-choqué, mi-scandalisé.
Je commençai à manger. C’était terrible. J’avais l’impression de les manger, eux, ceux en quoi ils croyaient, ce qu’ils représentaient. Je ne mâchais rien, j’avalais et c’est tout - pour m’en débarrasser au plus vite. Pendant ce temps, mon père disait que tout était très bon, que nous avions de la chance à manger cette nourriture excellente, que beaucoup de gens dans le monde et même beaucoup de gens aux Etats-Unis étaient pauvres et mourraient de faim.
- Quel gâteau as-tu préparé, chérie ? demanda mon père.
Son visage était horrible, les lèvres en avant, grasses et mouillées de plaisir. Il se comportait comme s’il ne s’était rien passé, comme s’il ne m’avait pas frappé. Quand je retournai dans ma chambre, je pensais : ceux-là, ce ne sont pas mes vrais parents, ils doivent m’avoir adopté et maintenant ils sont tristes de voir ce que je suis devenu.

Ham on Rye, Charles Bukowski (chapitre 9).

Commentaire

Cette scène du repas revient à plusieurs reprises dans le livre. Je trouve ces passages particulièrement réussis et parlants. Cet extrait du chapitre 9 est le premier texte que je lis qui me montre de façon aussi claire à quel point l’acte de manger la nourriture de quelqu’un… revient en quelque sorte à en accepter les valeurs. Le personnage principal a beau être obligé de « gober » ce que lui racontent ses parents… il garde néanmoins le libre arbitre de ne pas mâcher – c’est-à-dire qu’il réduit au minimum le contact avec ces aliments-valeurs qui le dégoûtent : ce ne seront donc pas ses dents mais ses sucs gastriques qui décomposeront la nourriture…. Pour ensuite la réduire à l’état d’excrément à éliminer. L’ensemble des aliments-valeurs se limite à transiter dans le corps du protagoniste…. Sans vraiment le toucher.
Quand on connaît la vie de Bukowski ou la suite des aventures de Chinaski (ex dans Factotum), on voit à quel point les valeurs parentales n’ont eu aucune prise sur le jeune homme. Voici un exemple tout simple. Le père a toujours fait l’éloge du travail ? Chinaski/Bukowski ne gardera pourtant jamais longtemps un boulot.

Pour conclure

Encore une fois, ce livre n’est pas mon préféré… Mais si vous avez aimé Factotum et Women, voici un autre texte à découvrir pour mieux comprendre l’univers de Bukowski.

Publié dans Lectures gourmandes

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Un texte de Walter Benjamin

Publié le par Messergaster

Un texte de Walter Benjamin

L’autre jour je relisais quelques pages de Sens unique de Walter Benjamin, intellectuel allemand qui vécut quelques années à Paris après avoir fui le nazisme. On doit à ce penseur de nombreuses réflexions sur la reproductibilité de l’œuvre d’art au XXe siècle, de belles lignes sur le charme des « passages parisiens » et d’intelligentes considérations sur l’opéra baroque allemand. Le livre Sens unique, lui, se caractérise par des textes très très courts dans lesquels Benjamin aborde tous types de sujet, nourriture comprise. Je me permets donc de partager avec vous le texte intitulé « "Augias" restaurant libre service » :

Ceci est la plus forte objection à la vie que mène un vieux garçon : il prend ses repas en solitaire. Manger seul rend facilement dur et sauvage. Celui qui a l’habitude de le faire doit vivre en spartiate pour ne pas tomber en déchéance. Les ermites, ne serait-ce que pour cette raison, ont eu une alimentation frugale. Car c’est seulement en communauté qu’on rend justice à la nourriture ; elle veut être partagée et distribuée, si elle doit profiter. Peu importe qui la reçoit : un mendiant à table enrichissait jadis chaque repas. Tout ce qui importe, c’est le partage et le don, et non la conversation mondaine en société. Mais il est étonnant, à l’inverse, de constater que la sociabilité devient instable sans la nourriture. L’offre d’un repas aplanit et réunit. Le comte de Saint-Germain restait à jeun devant des tables pleines et demeurait déjà de cette manière maître de la conversation. Mais là où chacun s’en va le ventre creux, arrivent les rivalités avec leur conflit.

Et vous ? Vous en pensez quoi de la dimension sociale des repas ?

Publié dans Lectures gourmandes

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"Ma grand-mère avait les mêmes" de Philippe Delerm

Publié le par Messergaster

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...Comme j’ai déjà écrit ailleurs (c’est-à-dire ici), j’aime bien flâner en librairie : même si je n’achète pas toujours un livre, je feuillette toujours avec plaisir les ouvrages, notamment ceux qui font partie de la "sélection" des libraires et qui sont donc mis bien en évidence sur des tables à part.
Récemment, ça a été le cas avec un livre de Philippe Delerm dont le titre est « Ma grand-mère avait les mêmes ». Si j’ai tilté sur ce bouquin, c’est pour 2 raisons principales :
- J’avais beaucoup aimé La première gorgée de bière et d’autres plaisirs minuscules du même auteur  (le tout premier article de ce blog, ô combien imparfait !, y était d’ailleurs consacré – comme vous pourrez le constater en cliquant ici)
- Le sous-titre du livre « les dessous affriolants des petites phrases » avait capté mon attention. En effet, ce n’est pas un mystère que tout ce qui tourne autour des mots et des expressions toutes faites m’intéresse beaucoup.

"Ma grand-mère avait les mêmes" de Philippe Delerm

J’ai donc ouvert l’ouvrage… et je suis tombée sur le chapitre « ça va refroidir », phrase des plus prononcées lorsqu’on reçoit des invités. Or, comme cette expression a à voir avec le monde de la gastronomie, je me fais un plaisir de partager avec vous le contenu du chapitre en question :

L’hôtesse cuisinière ou l’hôte cuisinier se hâtent encore de la cuisine à la salle à manger, j’ai oublié le bol de sauce, ou la moutarde, il faut couper du pain. Sur la table, la tourte fume, mais les convives plongés dans une discussion, ou vaguement réticents à l’idée de remplir leur assiette en l’absence du célébrant, se voient soudain hélés par ce dernier : "Allez-y, servez-vous, ça va refroidir !". Le ton n’est pas comminatoire, mais ferme. Peut-on y déceler une pointe d’agacement ? […]

J’aime beaucoup la première phrase qui mime vraiment bien toutes les pensées qui se bousculent dans la tête de la maîtresse de maison (ou du maître : c’est bien que Delerm ait songé qu’un homme aussi puisse recevoir : c’est écrit nulle part que seulement les femmes doivent faire la cuisine, non ?) au moment du repas.

On lit un peu plus loin :

Dans la cuisine, le remue-ménage se fait un peu plus bruyant, signe d’une nervosité montante. Une deuxième occurrence de : "ça va refroidir !" devient insistante. Allez, que quelqu’un prenne les rênes, je ne peux pas être partout, si vous persistez dans l’expectative vous allez gâcher tout votre plaisir et tout mon travail. On entend cela qui ne se dit pas.

Comme c’est vrai ! souvent à cause des règles de politesse personne n’ose commencer à manger… timidité absurde vu qu’elle nuit à l’appétit des invités tout comme à la saveur du plat (dans la même série : rien de pire qu'un risotto non mangé immédiatement !).

[…] Ça va refroidir. Au fond, c’est une réflexion sur le principe même de la cuisine. Des heures de préparation pour quelques minutes de dégustation. Au restaurant, cette alchimie s’efface, puisqu’elle est achetée. […] Mais le premier "ça va refroidir" qui voudrait juste être entendu comme un "ne vous occupez pas de moi, j’arrive" recèle aussi une demande de respect pour le cérémonial cuisinier. C’est du temps que je vous ai donné, le seul cadeau qui vaille. Ne m’obligez pas à vous le rappeler.

Très intéressante cette réflexion sur le temps : je n’avais jamais réfléchi que finalement le vrai cadeau que nous fait la personne qui nous invite à dîner est peut-être moins le plat en soi que son temps libre. Certes cuisiner est un plaisir… mais il n'en reste pas moins que c’est un vrai manque de respect que de manger froid, du coup. Sans compter, que toute personne qui vient de faire à manger, meurt de curiosité : elle est impatiente que quelqu’un goûte ce qui est à table pour savoir si elle a bien suivi les instructions de la recette !

Au-delà de la volupté réelle ou affichée, tous les "c’est excellent", "délicieux" qui monteront ensuite traduiront une infime nuance de remords que seule dissipera vraiment la parade absolue : "Tu me donneras la recette ?"

Voici la chute du petit chapitre de Delerm que je viens de vous recopier. A chaque fois que je la relis, je souris.. mea culpa, mais il m’est arrivé aussi de demander à quelqu’un de me filer la recette, juste pour lui faire plaisir, par politesse… et je suis prête à parier qu’il y a certains de mes invités qui doivent avoir procédé de même à mon égard !

Bref, si vous avez envie d’un livre qui se lit très aisément et qui vous fera mieux comprendre ce qui se cache derrière les mots de tous les jours, vous savez ce que vous pouvez acheter.

Publié dans Lectures gourmandes

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Expressions et dictons allemands...

Publié le par Messergaster

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...M'étant exilée à Berlin, j'ai besoin d'améliorer mon allemand. Du coup, tous les jours, j’apprends deux pages de mon lexique. J’ai juste terminé la section dédiée à la nourriture (comme c’est étrange : celle-ci je l’ai apprise en un rien de temps !) et j’ai ainsi pu découvrir plusieurs proverbes et expressions typiques que je partage avec vous :

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(Voici la source d'où je tire ces expressions)

Expression française Equivalent allemand
Qui a faim, mange tout son pain. Hunger ist der beste Koch.
(La faim est la meilleure des cuisinières)
Elle a du piston. Sie hat Vitamin B.
(Elle a de la vitamine B)
Je reste sceptique. Ich traue dem Braten nicht.
(Je me méfie du rôti)
Eventer la mèche/flairer la chose. Riechen den Braten.
(Sentir l’odeur du rôti)
On n’attrappe pas les mouches avec le vinaigre. Mit Speck fängt man die Maüse.
(C'est avec le lard qu'on attrappe les souris)
Je m’en fiche complètement. Das ist mir völlig Wurst !
(Pour moi ce n'est que de la saucisse !)
Tout va comme sur des roulettes ! Alles in Butter !
(Tout baigne dans le beurre !)
Il faut qu’il mette son grain de sel partout. Er müss überall seinen Senf dazu geben.
(Il faut qu'il mette sa moutarde partout)
Il faut que tu te restreignes, que tu sois plus modeste. Du musst kleinere Brötchen backen.
(Tu dois faire des pains
 plus petits)
Il a de trop grandes prétentions. Er hat Rosinen im Kopf.
(Il a des raisins secs dans la tête)
Ce ne sont pas mes oignons Das ist nicht mein Bier.
(Ceci n’est pas ma bière)
Ce ne sont que des bêtises ! Das ist doch alles Käse !
(Ce n’est que du fromage !)


Source : Allemand, Vocabulaire essentiel.

Publié dans Lectures gourmandes

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Un magazine qui s'intéresse à la gastronomie

Publié le par Messergaster

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...Comme dit le vieux dicton : « mieux vaut tard que jamais » : je vous informe donc que le magazine Historia a dédié plusieurs pages à la gastronomie dans son numéro du mois d’août 2012.

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De l’Antiquité à nos jours, différents auteurs se donnent le relais pour analyser comment nos habitudes et nos préférences alimentaires ont évolué au fil des siècles. Ainsi, vous trouverez les articles suivants :

- « Dans les cuisines d’Apicius » qui met à l’honneur le grand cuisinier romain auquel on attribue le premier vrai livre de recettes de l’histoire.
- « Le Mesnagier de la ménagère » où vous pourrez en apprendre plus sur le rapport que les gens du Moyen-âge entretenait avec la nourriture.
- « A la Renaissance, l’Italie s’invite à table » : c’est l’occasion d'expliquer que la découverte du Nouveau Monde n’a pas été tout de suite affecté les tables françaises – celle-ci étant bien plus influencée par les coutumes italiennes des Médicis au XVIe siècle.
- « Le grand siècle des fruits et des légumes »  se concentre sur le siècle où la gastronomie française acquiert ses lettres de noblesse.
- « La restauration : une avancée révolutionnaire » rappelle que le restaurant est une invention récente qui fleurit véritablement au XIXe siècle. Cela révolutionne non seulement la façon de manger ou la vie sociale, mais donne naissance aussi à de nouvelles professions comme celle de « critique gastronomique ».
- « La France, meilleur cordon-bleu mondial ? » se penche sur la gastronomie française de nos jours.

Voilà, si vous avez envie de lire un petit magazine sympa au bord de la plage, n’hésitez pas à feuilleter ce magazine !

Publié dans Lectures gourmandes

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Mythologies gourmandes de Rémy Lucas

Publié le par Messergaster

L’autre jour en flânant au rayon cuisine de la fnac, je suis tombée sur le livre Mythologies gourmandes de Rémy Lucas, ouvrage dans lequel l’écrivain mixe un peu de Roland Barthes et de Francis Ponge pour nous proposer sa propre lecture des plats que l’on déguste habituellement.

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Dans son introduction – un peu trop longue et grandiloquente à mon goût, mais bon – il explique qu’il va passer en revue certaines spécialités gastronomiques en essayant de dégager ce qui en fait le charme. Il essaye de comprendre comment l’on passe de moyen de sustentement à véritable symbole. Par exemple, déguster un banana split n'évoque pas du tout les mêmes images qu'un civet de sanglier. D'autre part, derrière une tasse de café se cache tout le passé colonial de la France. Et que dire de l’andouillette à la forme si suggestive ?

Chaque article procède de la même façon :
-sous-titre qui annonce quelle lecture l’auteur va donner de ce plat
-une introduction qui pastiche la prose poétique de Francis Ponge
-description du plat en exploitant les cinq sens (surtout la vue : tous les détails sont méticuleusement évoqués)
-rappel historique de l’origine du plat considéré. Parfois aussi quelques détails au sujet de sa production
-deux paragraphes où Rémy Lucas creuse la valeur symbolique de la spécialité culinaire en question.

Pour vous donner une idée de l’ouvrage, je vous ai donc recopié une partie de son article « Clafoutis aux cerises (douceur simple) » :

Servi dans sa faïence rustique, il affiche la bonne mine des cerises en billes rubicondes, enchâssées dans leur écrin souple et givrées de sucre cristal.

La pâte jaune et molle, chaude encore, dégage une odeur pleine et réconfortante d’œufs et de lait (…). Puis vient la cerise, plus croquante, dont l’arôme puissant envahit alors les papilles et que l’on mâche en prenant bien garde de ne pas avaler le noyau. Celui-ci n’est pas là par paresse mais parce qu’il confère au plat une incomparable saveur d’amande fraîche, et parce qu’en épargnant l’éventration des fruits qui transformerait le gâteau en flaque sanglante, il donne au gâteau un aspect plus présentable Le jeu consiste alors à rouler ce petit occupant dur comme un caillou dans sa bouche, de le tourner, le sucer, le lécher jusqu’’à – discrètement- le déposer sur le bord de son assiette.

[ensuite l’auteur rappelle les origines limousines du dessert sans oublier de mentionner la flognarde, le millard, le far ou encore le bettelmann - avatars de ce gâteau]

On lit un peu plus loin :

Le clafoutis est un fossile vivant, un ancêtre de la douceur culinaire, une trace tangible des premières envies de se régaler.

A partir de là, l’auteur précise comment selon lui le clafoutis incarne une cuisine généreuse et authentique : c’est le gâteau de nos grands-mères, gage d’un bonheur simple et sans façons.

Donc voilà, un livre qui peut se révéler utile lorsqu’on reçoit des invités : « Je vous ai préparé des bouchées à la reine : savez-vous ce que cela évoque pour Rémy Lucas ? »…

Publié dans Lectures gourmandes

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Souper mortel aux étuves

Publié le par Messergaster

Avant de lire son nom sur le programme de l’exposition "Gourmandises!" qui se tient actuellement à Lyon, jamais je n’avais entendu parler de Michèle Barrière. J’ai alors découvert qu’il s’agit d’une femme qui écrit des polars historiques sur la nourriture. Tout cela sonnait très bien et j’ai donc décidé de m‘acheter une de ses œuvres : au pif, le choix est tombé sur Souper mortel aux étuves.

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Mais avant d’écrire mon article à propos de ce roman, deux mots sur l’auteur. Michèle Barrière a une formation d’historienne – parmi ses profs à la fac, elle a eu le mythique Jean-Louis Flandrin alias « the » historien de l’alimentation. Elle a collaboré aussi à la revue Régal, a travaillé à la télé pour la chaîne Arte…

Mais venons-en au livre. Je dois dire qu’on ne s’ennuie pas une seconde en le lisant : les personnages sont très bien campés, le rythme de l’histoire soutenu. Mille « quêtes » se superposent et tout est là pour nous inciter à poursuivre la lecture :

  • Le suspense lié au genre du polar (réussira Constance - le personnage principal - à démasquer l’organisation de faux-monnayeurs ?)
  • Une histoire d’amour avec des personnages attachants (réussira le protagoniste masculin à séduire la femme qu’il aime tant ?)
  • Un personnage principal qui évolue d’un point A à un point B (on passe d’une jeune femme naïve et prude à une jeune femme courageuse et qui découvre l’amour sensuel)
  • Un défi d’ordre plus professionnel puisque le personnage principal doit apprendre à faire la cuisine : réussira cette ménagère n’ayant jamais fait cuire un œuf à rivaliser avec le grand cuisinier des étuves ?

Le lecteur, impatient de savoir comment toutes ces « défis» vont se terminer, enchaîne les chapitres les uns après les autres.

Parmi les reproches, peut-être, je pourrais dire que j’ai été gênée par certains passages qui semblent avoir été mis là juste pour rajouter des pages au manuscrit. L’écrivain a clairement récolté énormément de données historiques et ceci contribue bien sûr à la qualité de l’ouvrage… cependant, je trouve parfois certains passages un peu « lourds », Michèle Barrière semble plaquer ses connaissances et nous faire un petit cours d’histoire. Elle a beau exploiter le fait que le personnage principal est une parfaite néophyte en cuisine – exactement comme le lecteur du XXIe siècle qui ne connaît pas forcément grand-chose à la cuisine du Moyen-Age – il n’en reste pas moins que ces passages ne sont pas toujours amenés avec assez de naturel et de spontanéité dans l’intrigue romanesque. Ils auraient peut-être gagné à être abrégés.
Prenons un exemple concret :
Dans l’édition poche, à partir de p. 143, on trouve un long exposé sur la diététique ancienne où sont décrites les 4 humeurs qui sont présentes dans l’organisme humain selon l’ancienne médecine. Que ce passage soit important pour comprendre la suite de l’histoire, oui absolument, mais ce qui est gênant c’est que du coup l’intrigue en tant que telle est « suspendue » pendant environ cinq pages…  D’autre part, je reconnais que ce point représente clairement l’une des difficultés majeures rencontrées par tout écrivain de roman historique : quoi de plus dur que faire plonger le lecteur dans le quotidien d’antan ?
Autre petit aspect qui m’a dérangée : le moment où Constance retrouve l’homme qu’elle poursuit à Bruges. En effet, elle tombe sur lui complètement par hasard, dans une taverne. Tout cela va à l’encontre des sacrosaintes règles du binôme "cause-effet" : l’action avance de façon un peu trop facile.

Mais ce sont là de petites maladresses que l'on pardonne très volontiers à l'auteur. Je recommande en effet très chaudement la lecture de ce livre. De plus, à la fin, vous trouverez une dizaine de pages avec quelques unes des recettes mentionnées au cours du roman. A votre tour de réaliser du blanc-manger, du flan siennois ou une belle dariole ! Sans oublier d’arroser tout cela avec quelques verres d’hypocras...
Et de mon côté, je pense qu’il y a de fortes chances pour que je m’achète un deuxième livre signé Michèle Barrière.

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"Le ventre des philosophes" de Michel Onfray

Publié le par Messergaster

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...Aujourd’hui, un petit billet à propos du livre Les ventres des philosophes par Michel Onfray, que je viens tout juste de feuilleter il y a quelques jours.

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Michel Onfray est un de ces « philosophes actuels » qui est moyennement apprécié par les universitaires français en général. Je partais donc avec un préjugé peu favorable, je dois l’avouer.

Pourtant, le livre commence de façon plutôt agréable avec la biographie d’Onfray racontée d’un point de vue gastronomique. On découvre donc les privations de sa jeunesse, les beuveries étudiantes et l’infarctus qu’il a eu à 28 ans. Ensuite, on trouve un petit chapitre qui jette les différentes pistes que va aborder le bouquin : à côté des différents philosophes, sont mentionnés aussi d’illustres gastronomes comme Grimod de la Réynière (j’ai découvert comme cela qu’il avait une malformation aux mains).

Le reste du livre est donc découpé en différents chapitres, dédiés tantôt à un philosophe, tantôt à un autre : Diogène le cynique, Kant, Fourrier, Sartre… Onfray compile différents extraits pour nous montrer ces augustes penseurs sous un jour nouveau. L’idée serait loin de me déplaire… mais certains aspects m’ont gênée, notamment des conclusions un peu « hâtives ». (je passerai sur le fait qu’en ayant inséré sa propre biographie gastronomique au début de l’œuvre, Onfray se met implicitement au même niveau qu’un Kant ou un autre philosophe illustre… ).

Prenons l’exemple de Rousseau :

On perçoit très bien qu’Onfray n’apprécie pas beaucoup l’écrivain du XVIIIe siècle : il semble en effet se moquer de son penchant pour la nourriture simple de la campagne, de son éloge du lait et des laitages et de la cueillette typique du « bon sauvage ». J’ai trouvé vraiment « limite » l’argument qu’il emploie pour condamner le végétarisme de Rousseau. En bref, pour Onfray, le végétarien est une espèce d’hypocrite qui défend les animaux mais qui ne se fait aucun problème pour massacrer les hommes : Onfray cite alors Robespierre et Hitler, responsables de la mort de milliers de personnes et qui furent aussi végétariens. Alors oui, certes, il y a eu des végétariens atroces… mais on ne doit pas se moquer du végétarisme de Rousseau ou du végétarisme en général, pour autant. Du cas isolé, Onfray semble tirer une vérité générale, ce qui pose quelques problèmes.

De même, toujours pour ce qui concerne le pauvre Rousseau, Onfray le peint comme quelqu’un qui semble assez froid aux plaisirs de la bonne chère… en oubliant totalement que Rousseau appréciait le bon vin, par exemple. (ainsi, il y a une anecdote que reporte Jean-François Revel, dans son Un festin en paroles, dans laquelle Rousseau quitte une auberge où le vin était médiocre pour une autre où le vin lui plait davantage : comme quoi, la boisson est devenue quelque chose de décisif, l’étalon, pour choisir où faire halte).

Mais bon, après je dois dire que le livre se lit assez bien et que ça permet de découvrir des extraits parfois négligés, ce qui est toujours intéressant. Mais, finalement, j’ai interrompu la lecture après le chapitre dédié à Fourrier, signe que cette œuvre m’avait « gavée ». (et oui, ce jeu de mots, je devais le faire !).

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Les 20 aphorismes de Brillat-Savarin

Publié le par Messergaster

Aujourd’hui une très rapide article où je laisse parler les 20 Aphorismes du « professeur » Brillat-Savarin :

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Les premiers aphorismes tiennent un discours à portée universelle afin de donner plus de dignité à l’acte de se nourir :

I : L’univers n’est rien que par la vie, et tout ce qui vit se nourrit.

II les animaux se repaissent ; l’homme mange ; seul l’homme d’esprit sait manger.

III La destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent.

(dans ce dernier aphorisme, l’auteur fait allusion à tous les repas qui précèdent la signature d’important traités).

IV Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es.

V Le Créateur, en obligeant l’homme à manger pour vivre, l’y invite aussi par l’appétit, et le récompense par le plaisir.

(ainsi malgré l’idée d’ « obligation » - c'est-à-dire quelque chose de pénible - émerge la gentillesse de celui qu'on pourrait appeler le Créateur.)
A partir de là Brillat-Savarin essaie de montrer la suprématie des jouissances provenant du sens du goût sur celles provenant d’autres sens.

VI La gourmandise est un acte de notre jugement, par lequel nous accordons la préférence aux choses qui sont agréable au goût sur celles qui n’ont pas cette qualité.

VII Le plaisir de la table est de tous les âges, de toutes les conditions, de tous les pays et de tous les jours ; il peut s’associer à tous les autres plaisirs, et reste le dernier pour nous consoler de leur perte.

VIII La table est le seul endroit où l’on ne s’ennuie jamais pendant la première heure.

IX La découverte d’un mets nouveau fait plus pour le bonheur du genre humain que la découverte d’une étoile.

A partir de là, l’auteur nous délivre un mode d’emploi pour rendre le plaisir de manger encore plus agréable :

X Ceux qui s’indigèrent ou qui s’énivrent ne savent ni boire ni manger.

XI L’ordre des comestibles est des plus substantiels aux plus légers.

XII L’ordre des boissons est des plus tempérées aux plus fumeuses et aux plus parfumées.

XIII Prétendre qu’il ne faut pas changer de vins est une hérésie ; la langue se sature ; et, après le troisième verre, le meilleur vin n’éveille plus qu’une sensation obtuse.

XIV Un dessert sans fromage est une belle à laquelle il manque un œil.

XV On devient cuisinier mais on naît rôtisseur.

(car la cuisine s’apprend, mais réussir à cuire à point la viande est un don rare).
Enfin, Brillat-Savarin s’intéresse à la personne invitée à dîner :

XVI La qualité la plus indispensable du cuisiner est l’exactitude : elle doit être aussi celle du convié.

XVII Attendre trop longtemps un convive retardataire est un manque d’égards pour tous ceux qui sont présents.

XVIII Celui qui reçoit ses amis et ne donne aucun soin personnel au repas qui leur est préparé n’est pas digne d’avoir des amis.

XIX La maîtresse de la maison doit toujours s’assurer que le café est excellent et le maître que les liqueurs sont de premier choix.

XX Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit.

Jolie phrase, n’est-ce pas ?
                                            
NB : si vous voulez un aperçu de la préface de ce livre, écrite par Jean-François Revel, cliquez ici.

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Chanson à manger (Paul Scarron)

Publié le par Messergaster

Voici le portrait le plus célèbre (resté anonyme) de Scarron.

Voici le portrait le plus célèbre (resté anonyme) de Scarron.

Je propose aujourd'hui un poème de Scarron, auteur du XVIIe siècle, qui a écrit, par exemple, Le Virgile travesti (où il reprend sur le mode comique l'Enéide) et Le roman comique.
Mais moi je vous mets sa "Chanson à manger", parodie de toutes les "chansons à boire" traditionnelles.
(Comme il s'agit d'un français un peu vieilli, et que pas tout le monde fait des études de lettres, j'ajoute une rapide transcription en français moderne du poème, juste après. Et j'y insère quelques notes, pendant que j'y suis...) :

Quand j'ay bien faim et que je mange
Et que j'ay bien dequoy choisir,
Je ressens autant de plaisir
Qu'en grattant ce qui me demange.
Cher Amy, tu m'y faits songer :
Chacun fait des Chansons à boire,
Et moy, qui n'ay plus rien de bon que la machoire,
Je n'en veux faire qu'à manger.

Quand on se gorge d'un potage
Succulent comme un consommé,
Si nostre corps en est charmé,
Nostre ame l'est bien davantage.
Aussi Satan, le faux glouton,
Pour tromper la femme premiere,
N'alla pas luy monstrer du vin ou de la biere,
Mais dequoy branler le menton.

Quatre fois l'homme de courage
En un jour peut manger son saoul ;
Le trop boire peut faire un fou
De la personne la plus sage.
A-t'on vidé mille tonneaux,
On n'a beu que la mesme chose,
Au lieu qu'en un repas on peut doubler la doze
De mille differans morceaux.

Quel plaisir lors qu'avec furie,
Apres la bisque et le rosty,
D'un entremets bien assorty
Vient reveiller la mangerie !
Quand on devore un bon melon
Trouve-t'on liqueur qui le vaille ?
Ô cher Amy Potel ! je suis pour la mangeaille :
Il n'est rien tel qu'estre glouton.

Transcription en français moderne :

TEXTE NOTES

Quand j’ai bien faim et que je mange
Et quand, en plus, j’ai un large choix
1,
Je ressens autant de plaisir
Qu’en grattant ce qui me démange.
Cher ami, tu m’y fais penser :
Tout le monde fait des chansons à boire,
Et moi, qui n’ai plus rien de bon à part la mâchoire,
Je ne veux rien faire d’autre que manger
2.

[1Le plaisir de manger est donc à la fois quantitatif (il fait cesser la faim) mais aussi qualitatif (on choisit ce qui titille le plus notre appétit).
2Scarron était très malade et presque complètement paralysé à la fin de sa vie (il fut néanmoins le 1er mari de Mme de Maintenon...).]

Si on se régale d’un potage3 
Succulent comme un consommé4,
 
Notre corps en est charmé,
Mais notre âme l’est encore plus.
Aussi Satan, le faux glouton5

Pour tromper la première femme6
, 
Ne lui offrit pas du vin ou de la bière,
Mais de quoi agiter son menton.

[3Au XVIIe siècle, « potage » commence à être utilisé comme synonyme de « soupe » à la cour.
4Le consommé était, comme de nos jours, un bouillon clarifié.
5Ici « faux glouton » signifie le « goinfre trompeur ».
6C’est Ève : Scarron, pour donner plus de poids à ses paroles, fait référence à la Bible.]

L’homme motivé peut manger à volonté
Quatre fois dans une journée ;
Au contraire, boire de trop peut rendre folle 
La personne la plus sage.
On a beau vider mille tonneaux,
On boira toujours la même chose,
Alors qu’au cours d’un repas, on peut doubler la dose
De mille morceaux différents7.

[7Une strophe où les maths servent d’outil pour prouver qu’il vaut mieux bien manger plutôt que bien boire.]

Quel plaisir que c’est
Lorsqu’après la bisque8 et le rôti,
La mangeaille recommence
Grâce à un entremets9 bien choisi !
Si on dévore un bon melon,
Peut-on trouver une liqueur à sa hauteur ?
O cher ami Potel10 ! Je suis un partisan de la mangeaille.
Il n’y a rien de plus beau qu’être glouton.

[8Soupe à base de crustacées.
9Au XVIIe siècle, les entremets sont (comme l'indiqu le nom lui-même, « entre-mets ») des plats légers qui sont servis après le rôti. Souvent ce sont des légumes, chauds ou froids. 
10"Mélanie A." (cliquez ici pour voir son blog) m'a fait découvrir que Potel était un ami de jeunesse de Scarron. Pour plus d'infos, allez lire les commentaires de cet article. Et encore un grand merci, Mélanie!]

 

Voilà, j'espère ne pas vous avoir ennuyés : je trouvais dommage de ne pas partager un poème aussi gourmand...

[7. Une strophe où les maths servent d’outil pour prouver qu’il vaut mieux bien manger plutôt que bien boire]

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Les préjugés sur la "bonne cuisine"

Publié le par Messergaster

Les préjugés sur la "bonne cuisine"

Aujourd’hui je relisais la préface de Jean-François Revel à Physiologie du goût de Brillat-Savarin. J’adore Jean-Fançois Revel, son ton enjoué et ses analyses si fines sur la gastronomie (je recommande vivement son livre Un festin en paroles aussi). Je vous fais part des préjugés sur la cuisine qu’il relève et qu’il démonte dans cette préface : il les a énumérés en 1981… et pourtant tout cela est encore bien d’actualité. Les voici :

Premier sophisme : « La bonne cuisine est liée à la richesse. »
Réfutation de J. F. Revel : « Certains des pays où le niveau de vie est le plus élevé sont aussi parmi ceux qui mangent le plus mal. Par contre, certains pays où la population est pauvre ont une bonne cuisine. Bien plus : la bonne cuisine est souvent une lutte contre le gaspillage et contre la monotonie d’une alimentation à base de produits peu nombreux et peu coûteux. »

Second sophisme : « La bonne cuisine est « compliquée », elle demande du temps, la préparation de sauces savantes, elle est incompatible avec l’accélération de la vie moderne etc. »
Réfutation de J. F. Revel : « N’importe quelle statistique montre que la « vie moderne » se caractérise par l’augmentation des loisirs et la diminution du temps de travail. En outre (…) il y a une grande cuisine simple et une grande cuisine compliquée, comme il y a une mauvaise cuisine simple et une mauvaise cuisine compliquée. Il y a des sauces qu’on exécute en quelques minutes et d’autres qui demandent des heures et sont inutiles. (…) ».

Troisième sophisme : « La bonne cuisine est conditionnée par la présence des femmes au foyer, par l’inégalité des sexes, c’est-à-dire par un état périmé de la société. »
Réfutations de J. F. Revel :
« a. Je connais des dizaines de femmes qui n’ont jamais rien fichu depuis leur naissance et qui sont incapables d’exécuter la moindre vinaigrette ; et des hommes surmenés qui sont des chefs amateurs remarquables.
b. L’oisiveté de la femme au foyer a toujours été un privilège de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie. Les ouvrières et les paysannes ont toujours travaillé, et une grande partie de la cuisine française, les pot-au-feu et les ragoûts notamment, sont justement nés de là. Car c’est une sotte erreur que de confondre temps de cuisson et temps de présence. La plupart des plats qui « demandent cinq heures de cuisson » sont les vieux plats paysans faits par et pour les gens qui travaillent, les plats qu’on met sur le feu doux en partant aux champs et que l’on trouve prêts à être mangés au retour. Entre les dix minutes qu’exige le pilage dont on badigeonne la daurade à griller en cinq minutes, et les quatre heures pendant lesquelles on doit laisser cuire une queue de bœuf sans la découvrir, on conviendra qu’une certaine marge peut trouver place pour l’activité non aliénée des femmes et des hommes futurs.
c. Il existe deux cuisines : l’une domestique, l’autre professionnelle. (…) La cuisine domestique fait ce qu’elle peut, comme elle le peut. Elle a généralement fait très bien, aussi longtemps que les représentants des usines de produits alimentaires ne l’ont pas persuadée de l’élégance du contraire. L’essentiel est de ne pas se faire plus bête que l’on est, de ne pas faire le mal par principe (…) de ne pas faire passer à table avec une heure de retard pour donner quelque chose de cru, de très cher et de très mauvais, arrosé d’un vin chimique servi dans des verres couverts d’une noble poussière. (Revenu présumé : 12 000 F par mois. Formule : « Eh ben dites donc, c’est rudement gentil ces petites choses-là. ») ».

Voilà, c’était le conseil de lecture du jour !
                                                                                                               
NB : (et pour avoir un aperçu du contenu de ce livre, vous pouvez cliquer ici : vous trouverez "les 20 aphorismes de Brillat-Savarin" à propos des repas)

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Le cuisinier pittoresque d'Antonin Carême

Publié le par Messergaster

Suite à la signalation qui apparaissait sur le blog « Du sacré au sucré, un blog de bon goût », blog que je conseille très chaudement de visiter, l’envie m’a prise de commander Le patissier pittoresque d’Antonin Carême. J’avais choisi l’édition économique, celle à un peu plus de 3 euros et ne proposant que quelques extraits.

Careme.jpg

Que dire ? Je suis prodigieusement déçue. Plus que d’un livre de cuisine, il s’agit d’un livre d’architecture avec planches et proportions. Je savais que ceci était justement ce qui avait fait la renommée de Carême : ses pièces montées fascinaient tous les convives. D’ailleurs, cela devait être assez frustrant de passer des heures à construire ces petites merveilles et de les voir ensuite démolies par les coups de dents des commensaux affamés, non ?

Bon, il n’y a pas que de l’architecture non plus : on y trouve aussi quelques infos de cuisine, notamment comment préparer la pâte d’amande. Toutefois, à nouveau, ce qui prime est l’aspect chromatique des gâteaux préparés.  On découvre par exemple comment dorer telle ou telle partie de la pièce montée, ou quels ingrédient utiliser pour obtenir du mauve ou du rouge. L’auteur insiste aussi sur le fait qu’il faut des couleurs tendres pour un résultat satisfaisant.

Je "reste donc un peu sur ma faim" (vive les jeux de mots), d’autant plus que finalement je n’ai pas dépensé 3 euros mais 9. Je vous explique. J’attendais mon envoi avec hâte mais une semaine après, je n’avais toujours rien reçu : c’est qu’il n’était pas en stock et que je ne m’en étais pas aperçue au moment de la commande. Malheureusement, devant déménager, j’ai dû me connecter à nouveau sur mon compte Amazon afin de changer l’adresse de livraison: opération qui a démultiplié les frais de livraison…

Je ne sais pas si la version non expurgée mérite qu’on s’y penche, mais à moins d’avoir un intérêt profond pour Carême et la pâtisserie du XIXe siècle, il s’agit d’un investissement dont on peut se passer. Se sauvent les pages 34 à 39 où Carême nous raconte les longues heures passées en bibliothèque pour apprendre l’architecture et où il nous fait part de sa gratitude pour Monsieur Bailly chez lequel il travaillait à l’âge de 18 ans. Enfin, un agréable plaidoyer pour le « vouloir est pouvoir » puisqu’on décèle, en filigrane, une critique de ceux qui rêvent du succès, qui ont un indéniable talent… mais qui finalement, à cause de la paresse, n’entreprennent rien du tout.

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L'histoire d'Erysichthon

Publié le par Messergaster

L'histoire d'Erysichthon

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...Aujourd'hui je relisais une histoire du livre VIII des Métamorphoses d'Ovide, celle d'Erysichthon.

Tout commence le jour où  Erysichthon ordonne à ses serviteurs de couper un chêne, arbre cher à Déméter. Mais comme les Anciens pensaient que dans les arbres vivaient des nymphes, les serviteurs n'osent pas accomplir l'ordre de leur maître. Erysichthon, furieux, décide de faire cela tout seul : l'écorce commence à pâlir et à déverser un flot de sang. Un serviteur a beau tenter d'interrompre le massacre... Erysichton le tue. Une fois l'arbre à terre, la nymphe agonisante annonce un châtiment à venir de la part de Déméter : celle-ci ne laissera pas ce meurtre impuni.
En effet, la déesse de l'agriculture et de l'abondance décide d'infliger à l'assassin une faim implacable et éternelle : elle envoie donc une Oréade pour demander à la Faim d'aller visiter Erysichthon. Voici comment celle-ci est décrite dans son séjour au Caucase :

(...) elle la voit dans un séjour pierreux, qui arrachait avec ses ongles et avec ses dents quelques rares brins d'herbe. Elle avait les cheveux herissés, les yeux caves, le visage pâle, les lèvres blanchies par une bave infecte, la gorge enrouée ; à travers sa peau dure on aurait pu voir ses entrailles ; ses os décharnés perçaient sous la courbe de ses reins ; du ventre elle n'avait que la place ; sa poitrine semblait suspendue comme si elle ne tenait qu'à la claie de l'épine dorsale. La maigreur avait fait ressortir ses articulations, le tour de ses genoux était enflé et ses talons formaient au-dehors une énorme saillie.

(j'adore l'expression "du ventre elle n'avait que la place")

La Faim et Déméter ne sont pas en bons rapports, on le comprend aisément, mais la Faim  accepte tout de même d'aller châtier le coupable. C'est alors l'occasion pour un très beau passage où celle-ci va rendre visite à Erysichthon pendant que celui-ci est plongé dans le sommeil :

(...) elle entre sans tarder dans la chambre du sacrilège, qu'elle trouve plongé dans un profond sommeil (car il était nuit) et elle l'étreint dans ses deux bras ; elle se communique à lui par son haleine ; elle lui remplit de son souffle le gosier, la poitrine, la bouche et elle répand dans les veines vides du dormeur le besoin de la nourriture.

(je trouve vraiment saisissant le rapprochement entre la faim "alimentaire" et celle "sexuelle", étant donnée la description très sensuelle de la Faim embrassant Erysichthon dans le lit)

Instantanément, Erysichthon commence à rechercher déjà en rêve de quoi manger. Du coup, il se réveille en proie à une faim de loup... mais impossible de l'éteindre.

Sur le champ, il demande qu'on lui apporte ce que produisent la mer, la terre et les airs ; devant sa table chargée de mets il se plaint qu'on le fait jeûner ; au milieu des plats qu'on lui sert il en cherche encore d'autres ; ce qui pourrait suffire à des villes, à tout un peuple, ne suffit pas à un seul homme ; plus son estomac engloutit et plus augmentent ses désirs (...) il fait sans cesse le vide en lui à force de manger.

(là, le style d'Ovide mime l'abondance des mets recherchés par le personnage par le biais de différentes accumulations scandées par le point-virgule...)

A force, pour tenter de satisfaire son appétit sans fin, il commence à mettre en péril son patrimoine et il se retrouve donc contraint de vendre sa propre fille, Mnestra. Celle-ci met à profit sa faculté de se transformer en toutes sortes d'animaux - don de Poséidon -  pour ramener quelque chose à manger à  son père jour après jour.

Finalement, lorsque tous les aliments disponibles ont été consommés, Erysichthon en est réduit à se manger lui-même :

(...) Erysichthon se mit à déchirer lui-même ses propres membres à coups de dents, l'infortuné nourrit son corps en le diminuant.

Ici, manger n'est plus un acte garantissant la survie des individus, et devient au contraire un acte apportant la mort. Erysichthon détruit les mêmes organes qu'il cherche à nourrir dans une sorte de cycle vicieux où la mort devient une agréable libération.

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Goût, vue, odorat and all the gang

Publié le par Messergaster

Or le goût est le seul sens qui doit pour fonctionner s'accompagner des quatre autres.

Cette citation provient du livre Histoire naturelle et morale de la nourriture de Maguelonne-Toussaint Samat (Paris, Bordas, Collection Cultures, 1987, p. 398).

Goût, vue, odorat and all the gang

L'auteur explique en effet que la présentation ou la couleur des plats jouent pour beaucoup dans le jugement positif (ou négatif) que l'on portera sur un plat. Au Moyen-Age, d'ailleurs, on accordait à l'aspect "chromatique" des mets un rôle prépondérant : par exemple, on usait de force safran pour donner aux brioches une jolie couleur jaune. Je songe aussi à L'aile ou la cuisse (oui, je sais que je vous ai déjà parlé de ce film ici...) lorsque Charles Duchemin recourt au sens de la vue pour deviner le nom du vin au jeu télévisé de la fin. On mange avant tout avec les yeux... en évitant, si possible, de les avoir plus gros que le ventre.

L'odorat aussi est un sens crucial pour déguster un aliment. Je regardais l'autre jour un reportage diffusé sur la télévision italienne (le programme s'appelle Ulisse et a été diffusé le 16 avril 2011 sur la chaîne Raitre, pour ceux que ça intéresse) où on montrait des gens qui devaient reconnaître différents aliments d'abord en ayant les yeux bandés, puis en ayant aussi le nez bouché. Et bien, impossible pour eux de reconnaître le goût suave de l'ananas.

On ne saurait oublier aussi le toucher. Personnellement, j'ai réalisé assez récemment que mes aliments favoris étaient tous des aliments qu'il fallait mâcher longtemps - ce qui mobilise particulièrement le sens du toucher. Cela explique pourquoi je mange volontiers la viande (et non pas le poisson où il n'y a quasiment rien à mâcher), le chocolat (et non les bonbons car les sucer me semble dénué d'intérêt), les gâteaux à la texture moelleuse... Et puis c'est le toucher qui nous dira si un aliment est trop chaud pour être consommé.

Enfin l'ouïe et c'est peut-être le moins évident. Maguelonne-Toussaint Samat évoque des études qui montreraient une corrélation entre certaines fibres présentes dans l'oreille et le sens du goût (étant donné que si on les sectionne, on est frappé d'agueusie). Le documentaire que j'évoquais ci-dessus faisait lui allusion au "croc" caractéristique des chips sous la dent.

Manger est donc une expérience pour ainsi dire "totale" : nous voulons tous des mets appétissants, mais nous ne sommes pas tous sensibles aux mêmes choses. Ainsi, certains de nous rechercherons certaines consistances ou certains arômes en particulier, alors que d'autres seront plutôt ébahis devant les belles présentations des cuisiniers japonais ou que d'autres encore perdront patience en entendant quelqu'un assis juste à côté ronger un os.

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Ces films qui nous font saliver...

Publié le par Messergaster

L'autre jour, j'étais en bibliothèque pour rechercher un livre d'écriture créative. Malheureusement, le livre que je recherchais étais déjà réservé, mais j'ai déniché ce petit bouquin intéressant et qui mérite d'être feuilleté :

Le plaisir gastronomique au cinéma de Vincent Chenille (2004, Jean-Paul Rocher éditeur):

Ces films qui nous font saliver...

L'auteur part d'un constat simple : il y a foison de films parlant de "bouffe". On peut citer L'aile ou la cuisse de Zidi ou Le chocolat de Hallstrom ou encore Ratatouille des studios Pixar (réalisé par Brad Bird). Mais ça ne s'arrête pas là. Pourquoi ne pas citer aussi la potion magique qu'avale Obélix, par exemple?

Vincent Chenille nous propose donc un petit tour gastronomique à travers différentes pellicules de cinéma en tentant de déceler constantes et divergences dans le traitement de la nourriture.

Il étudie d'abord les personnages qui mangent et ceux qui préparent : à côté du fin gastronome, on trouve des cuisiniers qui nous font entrer derrière "les coulisses" du restaurant, par exemple. Mais le problème c'est qu'il s'agit là de spécialistes et que donc le spectateur, profane, peut se sentir gêné par la distance qui existe entre des professionistes culinaires et lui-même. D'où l'importance de ces figures de médiateurs grâce auxquels il peut se reconnaître et entrer en empathie : on trouvera donc souvent un personnage de néophyte découvrant les secrets de la gastronomie en même temps que le spectateur. Cela se vérifie notamment lors du choix du menu : le choix du personnage doit refléter celui que ferait le spectateur.

Chenille analyse aussi toute la dimension visuelle liée à la nourriture. Il insiste par exemple sur toutes les scènes exploitant l'opposition entre montré et caché. Il évoque par exemple les couvercles utilisés pour garder les plats au chaud ou les papiers recouvrant les chocolats. Comme dans toute entreprise de séduction, le but est de cacher pour mieux montrer et attiser l'appétit. On le sait, la nourriture renvoie souvent au domaine de la tentation, de l'interdit et du désir.

Les films adorent aussi filmer les mains des cuisiniers : leur agilité, leur légéreté, leur rapidité sont tout simplement fascinantes. Tel un prestidigitateur, le chef laisse le spectateur ébahi. Je ne sais plus si c'est à ce film-ci que Chenille fait référence, mais je me faisais justement la réflexion récemment en revisionnant L'aile ou la cuisse, lorsque De Funès va dans le restaurant japonais au début du film : les mains du cuisinier coupent, hachent et assaisonnent avec une adresse vraiment admirable.

Bref, je vous renvoie à la lecture du livre dont je donne ici juste quelques éléments. Il se lit très bien et si vous rêvez, commme moi, de devenir écrivain un jour, vous y apprendrez quelques petits trucs intéressants.

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L'imaginaire des petit pois...

Publié le par OverBlog

C'est facile, d'écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s'ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l'ongle de l'index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d'un seul doigt. La dernière est si minuscule. Parfois, on a envie de la croquer. Ce n'est pas bon, un peu amer, mais frais comme la cuisine de onze heures, cuisine de l'eau froide, des légumes épluchés - tous près, contre l'évier, quelques carottes nues brillent sur un torchon, finissent de sécher.

(Philippe Delerm, La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules).

Je repensais à ce bouquin ce matin en train d'écosser mes petits pois. Ce n'est pas un chef d'oeuvre de la littérature, mais une agréable lecture qui, à petites doses, réussit à nous faire sourire à quelques reprises (excellent le moment où l'auteur décrit combien il est difficile de lire sur la plage).

En fait, je viens de me rendre compte en postant ces quelques lignes qui apparaissent en 4e de couverture que la description de l'acte d'écosser est très érotisée.. Des termes comme "fente", la description des doigts, la "mouillure", l'adjectif "nues" (et j'en passe car sinon on va me prendre pour une obsédée !) n'ont certainement pas été choisis au hasard par Philippe Delerm.

Si on fait attention, cette description érotique s'appliquerait plutôt à une femme. C'est assez amusant, puisque la forme des petits pois en gousse évoque plutôt le sexe masculin - comme le prouve un certain emploi du terme "pisello" en italien dans le style familier. La première fois que vous raconterez l'histoire de "La princesse sur le petit pois" d'Andersen à un enfant italien, d'ailleurs, soyez certains qu'il éclatera de rire. Je pense donc que le floklore populaire devait avoir remarqué aussi cette ressemblance : c'est connu, les contes de fée pullulent de références au domaine sexuel...

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NB : Philippe Delerm décrit souvent des situations quotidiennes (comme les repas en famille) dans ses livres... voilà pourquoi j'ai dédié un autre article à cet auteur ici.

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