Les différents avatars du petit déjeuner

Publié le par Messergaster

Le petit déjeuner n'a pas toujours été le même au cours de l'histoire. Voici un petit article historique dédié au repas le plus important de la journée.

Les différents avatars du petit déjeuner
Le petit déjeuner de l'Antiquité

Chez les Grecs, par exemple, il s'agissait de pain trempé dans du vin. Au lieu du café que nous buvons de nos jours pour nous donner un petit "coup de fouet", on se tournait vers la liqueur de Dionysos. Important : ce pain n'était pas trempé dans du vin coupé (les Grecs avaient l'habitude de diluer leur vin avec de l'eau, du miel ou des épices pour toutes les autres occasions...) mais dans du vin pur. D'ailleurs le verbe "acratidzomai" signifie à la fois boire du vin pur et prendre son petit-déjeuner.

Le petit déjeuner après la découverte de l'Amérique

Progressivement, avec la découverte de l'Amérique, on a commencé à boire plutôt du café ou du chocolat, surtout au XVIIIe siècle où commence une véritable manie pour ces boissons (effet, on venait de comprendre qu'en rajoutant du sucre, c'était meilleur). On en trouve une illustration, par exemple, dans Il giorno (Le jour) du poète italien Giuseppe Parini. Il s'agit d'un poème menant une satire de la noblesse italienne à la fin du XVIIIe siècle et nous pouvons lire quelques vers où un serviteur propose au "giovin signore" ("le jeune seigneur") du café ou du thé pour son petit déjeuner :

Ma già il ben pettinato entrar di novo
tuo damigello i’ veggo; egli a te chiede
quale oggi più de le bevande usate
sorbir ti piaccia in preziosa tazza:
indiche merci son tazze e bevande;
scegli qual più desii. S’oggi ti giova
porger dolci allo stomaco fomenti,
sì che con legge il natural calore
v’arda temprato, e al digerir ti vaglia,
scegli ’l brun cioccolatte, onde tributo
ti dà il guatimalese e il caribbèo
c’ha di barbare penne avvolto il crine:
ma se nojosa ipocondrìa t’opprime,
o troppo intorno a le vezzose membra
adipe cresce, de’ tuoi labbri onora
la nettarea bevanda ove abbronzato
fuma, ed arde il legume a te d’Aleppo
giunto, e da Moca che di mille navi
popolata mai sempre insuperbisce.

Certo fu d’uopo, che dal prisco seggio
uscisse un regno, e con ardite vele
fra straniere procelle e novi mostri
e teme e rischi ed inumane fami
superasse i confin, per lunga etade
inviolati ancora: e ben fu dritto
se Cortes, e Pizzarro umano sangue
non istimâr quel ch’oltre l’Oceàno
scorrea le umane membra, onde tonando
e fulminando, alfin spietatamente
balzaron giù da’ loro aviti troni
re messicani e generosi Incassi,
poiché nuove così venner delizie,
o gemma degli eroi, al tuo palato.

Giuseppe Parini, Il giorno, "Il mattino", vv. 92 - 124.

Ce qui, traduit en français, donne à peu près :

Mais déjà je vois entrer ton serviteur bien coiffé. Celui-ci te demande laquelle des boissons que tu as l'habitude de prendre tu préfères boire aujourd'hui dans une précieuse tasse : les tasses et les boissons sont des marchandises provenant des Indes, choisis celle qui t'agréé le plus. Si aujourd'hui tu estimes qu'il serait souhaitable de procurer à ton estomac et à ses brûlures de la douceur pour qu'elle tempère la chaleur naturelle et pour qu'elle favorise la digestion, choisis le noir chocolat qui provient du tribut que te donnent l'habitant du Guatemala et de l'habitant des Caraïbes aux cheveux ceints de plumes barbares : mais si une fâcheuse hypocondrie t'accable, ou si trop de graisse se développe autour de tes membres gracieux, honore de tes lèvres le nectar où bronze et fume la graine arrivée jusqu'à toi d'Alep et de Moka, ville qui tire sa fierté des mille navires dont elle est peuplée.

Assurément, il fallait qu'à partir de ce vieux siège sorte un règne et qu'il dépasse les frontières qui n'avaient jamais été violées auparavant avec des voiles hardies en s'exposant aux tempêtes et à de nouveaux prodiges et à de nombreux dangers, risques et faims inhumaines ; et il fut tout à fait légitime que Cortès et Pizzarro n'accordent aucune estime au sang humain qui coulait de l'autre côté de l'Océan dans des membres humains, et qu'ainsi, en tonnant et en lançant des éclairs, on fasse enfin descendre sans pitié les rois mexicains et incas de leur trône, puisque c'est ainsi qu'arrivèrent ces délices jusqu'à ton palais, ô toi fleuron de tous les héros.

Comme on peut voir, le poète utilise l'arme de l'ironie pour condamner tous les massacres qui ont été effectués pour ramener ces denrées de luxe en Europe.
Soulignons, aussi, qu'au XVIIIe on boit aussi très volontiers du thé, provenant cette fois d'Asie.

Le petit déjeuner de nos jours

De nos jours, le petit déjeuner se compose soit de tartines soit de céréales agrémentées de lait ou de yaourt. Les "corn flakes" sont une invention récente : ils auraient été inventées à la fin du XIXe siècle par des gens de l'Eglise adventiste (dont le docteur Kellogg). Ils deviennent populaires en Europe au cours de la deuxième moitié du XXe siècle lors du débarquement des Américains. Plus largement, le développement de la socitété de consommation a joué un rôle non négligeable aussi. Ils se déclinent à présent en corn flakes classiques, en céréales chocolatées ou encore en céréales dites "light". Néanmoins, ces versions light restent bourrées de sucres : jettez un coup d'oeil à l'emballage si vous ne me croyez pas.

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